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Un an après le cyclone Chido, Mayotte toujours prisonnière d’un habitat fragile et indigne

 

Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido frappait violemment Mayotte, laissant derrière lui des milliers de logements détruits ou gravement endommagés. Douze mois plus tard, le constat reste alarmant.

Dans un rapport récent consacré aux conditions d’habitat après le passage du cyclone, la Fondation pour le logement des défavorisés alerte sur l’insuffisance du plan de reconstruction et sur la persistance de situations de grande précarité, dans un territoire déjà fragilisé bien avant la catastrophe.

Déjà interrogé par Mayotte Première à l’époque des faits, Matthieu Hoarau, directeur régional Océan Indien de la Fondation, est revenu sur cette crise lors d’une intervention au JT de Réunion La 1ère, dressant un état des lieux sans concession.

Une crise révélée, pas créée, par le cyclone

Pour Matthieu Hoarau, Chido n’a pas provoqué la crise du logement : il l’a rendue visible.

« Le cyclone a mis en lumière des politiques de l’habitat structurellement défaillantes depuis de nombreuses années à Mayotte », souligne-t-il.

Un constat qui rappelle que la vulnérabilité du bâti existait bien avant l’événement climatique.

35 000 logements touchés, des aides difficiles à obtenir

Sur les 62 000 résidences principales que compte l’île, près de 25 000 étaient déjà des logements en tôle ou des constructions fragiles, souvent situées dans des zones isolées.

« Avec le passage du cyclone, ce sont environ 35 000 logements qui ont été dégradés ou détruits », explique le directeur régional.

Un an après, de nombreuses familles attendent toujours un soutien concret.

« Certaines ont commencé des travaux par leurs propres moyens, mais sans accompagnement ni ressources suffisantes pour les faire correctement », observe-t-il, évoquant une situation d’urgence toujours non résolue.

Des conditions de vie encore indignes pour de nombreux habitants

À la fin de l’année 2024, beaucoup de Mahorais n’avaient pas retrouvé de logement décent. Cette réalité perdure. « Certains vivent encore dans des conditions indignes. D’autres sont hébergés chez des proches, dans des situations qui ne sont pas satisfaisantes », constate Matthieu Hoarau.

Même les propriétaires restent largement exclus des dispositifs existants. « À peine 6 % des propriétaires étaient assurés. Et pourtant, ils ne répondent pas aux critères pour bénéficier des aides publiques », souligne-t-il.

Le logement, angle mort du plan de refondation

L’État a annoncé un plan de refondation de 4 milliards d’euros pour Mayotte, dont 200 millions dédiés au logement. Une enveloppe largement insuffisante, selon la Fondation. « Le logement est clairement le parent pauvre de ce plan. Les montants annoncés ne sont pas à la hauteur des enjeux », estime Matthieu Hoarau.

Au-delà des montants, c’est l’absence de vision claire qui inquiète.« On parle de construire 24 000 logements, mais sans savoir précisément pour qui, où, ni selon quelle planification. Un an après, le manque de visibilité reste total », alerte-t-il.

« Apporter des réponses à tous les sinistrés »

La Fondation pour le logement des défavorisés plaide pour un changement profond d’approche.« La priorité, c’est d’apporter des réponses à tous les sinistrés, de structurer une véritable chaîne de financement public, de produire des logements très sociaux et de transformer les quartiers précaires en quartiers aménagés, avec et pour les habitants », défend son directeur régional.

Autre point critique : le marché locatif. Avec un loyer médian à 15 euros le mètre carré, l’accès au logement devient impossible pour une grande partie de la population, dont le revenu moyen tourne autour de 380 euros par mois.

Changer de méthode pour sortir de l’impassePour Matthieu Hoarau, la solution passe aussi par une gouvernance plus inclusive.

« Il faut de vrais espaces de pilotage associant l’État, les collectivités, les entreprises et les associations de terrain. Ces acteurs ont été peu intégrés pendant la crise, et ce déficit persiste encore aujourd’hui », conclut-il.

Un an après le passage du cyclone Chido, la crise du logement à Mayotte reste entière. Sans stratégie claire ni moyens à la hauteur, le risque est désormais que l’urgence devienne la norme.

Said Hassan Oumouri 

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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