Au Sénégal, le climat politique devient explosif. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement limogé son Premier ministre Ousmane Sonko et dissous le gouvernement, après plusieurs mois de tensions internes devenues publiques.
Pour beaucoup de Sénégalais, cette rupture a quelque chose de symboliquement violent. Car il y a encore quelques mois, les deux hommes incarnaient ensemble l’espoir d’une rupture politique historique au Sénégal. Le slogan “Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye” résonnait partout dans le pays. Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, avait porté Bassirou Diomaye Faye jusqu’au pouvoir. Mais derrière l’image d’un tandem uni, les tensions grandissaient discrètement. Désaccords sur la gestion économique, lutte d’influence au sommet de l’État, divergences sur les négociations avec le FMI, critiques publiques de plus en plus ouvertes… plusieurs médias sénégalais parlaient déjà depuis des semaines d’un bras de fer entre les deux hommes.
Le limogeage de Sonko provoque aujourd’hui une onde de choc dans une partie de l’opinion sénégalaise, notamment chez les jeunes militants du Pastef qui voyaient en lui le véritable moteur de la révolution politique sénégalaise.
Mais au-delà du Sénégal, cette affaire réveille une vieille question politique africaine :que deviennent les alliances construites pour conquérir le pouvoir ?
L’histoire politique africaine regorge de relations politiques transformées en rivalités parfois brutales.Aux Comores, beaucoup ont immédiatement repensé à l’histoire entre Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et Ikililou Dhoinine.Ikililou Dhoinine avait été propulsé au sommet de l’État avec le soutien décisif de Sambi. À l’époque, beaucoup voyaient en lui un homme fidèle à l’ancien président. Pourtant, une fois au pouvoir, les relations entre les deux hommes se sont progressivement détériorées jusqu’à devenir froides et conflictuelles.
En 2016, Sambi avait joué un rôle politique important dans le retour d’Azali au pouvoir. Quelques années plus tard, c’est pourtant sous le régime d’Azali que Sambi sera arrêté puis maintenu en détention pendant de longues années. Aujourd’hui, cela fait près de neuf ans que l’ancien président est privé de liberté, une situation qui continue de profondément diviser l’opinion comorienne. Pour certains observateurs africains, ce type de scénario révèle une constante politique : les alliances forgées dans l’opposition survivent rarement à l’exercice réel du pouvoir.
Au Sénégal, beaucoup craignent désormais que cette rupture entre Sonko et Diomaye fragilise profondément le projet politique qui avait suscité un immense espoir populaire.Car derrière cette crise, une question revient déjà dans les débats : qui détenait réellement le pouvoir depuis le début ?Et surtout : le Sénégal entre-t-il dans une simple crise politique… ou dans une guerre de succession prématurée au sommet de l’État ?
ANTUF Chaharane


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