Le prix du carburant continue de faire débat aux Comores. Un tableau comparatif circulant depuis plusieurs jours relance une question sensible : pourquoi les Comores affichent-elles l’un des prix les plus élevés de la région alors que certains pays voisins, pourtant plus éloignés des routes d’approvisionnement, paient beaucoup moins cher ?
Selon ce document comparatif basé sur les distances maritimes depuis Dubai, le prix du carburant aux Comores serait passé de 600 KMF avant le Covid à 750 KMF après la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, avant d’atteindre aujourd’hui près de 1000 KMF dans le contexte des tensions autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz.
Une hausse de près de 67 %.
Mais ce qui attire surtout l’attention, c’est la comparaison avec les autres pays de la région.
À Mauritius, le carburant serait autour de 632 KMF. Aux Seychelles, environ 678 KMF. En Madagascar, autour de 581 KMF. Même le Mozambique, pourtant situé à plus de 6200 kilomètres de Dubaï selon le tableau, afficherait un prix inférieur à celui pratiqué aux Comores.
Le document cherche ainsi à montrer que la seule explication géographique ne suffit plus à convaincre une partie de l’opinion publique.
Depuis plusieurs mois, les autorités expliquent régulièrement que les crises internationales ont fortement impacté le coût du pétrole. Entre la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine puis les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz par lequel transite une grande partie du pétrole mondial, les coûts du transport maritime, des assurances et des importations ont explosé.
Le gouvernement comorien insiste également sur la vulnérabilité du pays, qui dépend presque entièrement des importations pour son approvisionnement énergétique.
Mais pour de nombreux citoyens, une autre question commence à émerger :Pourquoi d’autres pays insulaires ou africains, eux aussi dépendants des importations, arrivent-ils à maintenir des prix plus bas ?
Derrière cette interrogation se cachent plusieurs sujets sensibles : fiscalité sur les hydrocarbures, coûts portuaires, capacité de stockage, organisation de la filière pétrolière, volume des importations ou encore efficacité logistique.Des économistes rappellent toutefois qu’un tableau de ce type doit être analysé avec prudence. Deux pays peuvent avoir des distances similaires tout en ayant des réalités économiques totalement différentes : niveau des taxes, puissance des ports, accords commerciaux, subventions publiques ou stabilité monétaire peuvent fortement influencer les prix à la pompe.
Mais malgré ces nuances, une réalité demeure : la question du carburant devient de plus en plus politique aux Comores. Dans un pays où le transport influence directement le prix des produits alimentaires, des marchandises et du quotidien des familles, chaque hausse du carburant se répercute immédiatement sur le coût de la vie.
Et alors que le litre pourrait bientôt atteindre un niveau symbolique de 1000 KMF, beaucoup redoutent désormais une nouvelle vague de tensions sociales.
ANTUF Chaharane


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