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Ndizo mgu yandzawo

“On a des hôpitaux sans le staff approprié, sans équipements ni matériel et on s’émeut tous les 4 matins de la mort d’une jeune césarisée faute de transfusion, de l’asphyxie d’un enfant faute d’oxygène, de l’arrêt cardiaque d’un monsieur faute de diagnostic approprié. Ndizo mgu yandzawo.”

“Au terme d’un mois de ramadan laborieux entre hausse du coût de la vie, températures anormalement élevées et coupures intempestives d’eau et d’électricité, nous avons eu droit au rituel bouquet final du uwoneha/kodjawoneha (on a vu ou on n’a pas vu la lune).
Bouquet final ? En fait, pas tout à fait. Un astéroïde a brusquement crevé l’atmosphère en déposant sur nos fils d’actualité cette missive du manager des Coelacanthes disant en substance « nous ne pouvons plus continuer, on arrête tout »! Djeeeeee? Quelques explications commencent à fuser de part et d’autre, que l’on peut résumer en une seule phrase, « on a pas sorti l’argent ». Hoyi! Encore???? Cette nouvelle bombe sortie de nulle part ne devrait pourtant pas nous étonner. Ce qui devrait plutôt nous préoccuper, c’est de savoir jusqu’à quand ce pays compte se gérer sur le mode de l’improvisation.

On commence des routes, ensuite on les arrête pour faire des canalisations d’eau pour les reprendre plus tard, après avoir perdu une partie du financement. Mais c’est pas grave. Ngari djodo wona ho usoni yiho.

On a des hôpitaux sans le staff approprié, sans équipements ni matériel et on s’émeut tous les 4 matins de la mort d’une jeune césarisee faute de transfusion, de l’asphyxie d’un enfant faute d’oxygène, de l’arrêt cardiaque d’un monsieur faute de diagnostic approprié. Ndizo mgu yandzawo.

On a des tours de contrôle sans contrôleurs, des services de secours sans moyens de secours, des services techniques sans techniciens et lorsque le drame survient chacun se justifie en accusant l’autre. Quelle est l’organisation? Qui est responsable de quoi? À quel maillon de la chaîne ça n’a pas fonctionné ? Y avait il autant de brouillard dans l’air que dans les cerveaux de chaque responsable de cette chaîne? Comment toutes ces personnes se lèvent chaque matin pour aller au travail et donner l’illusion aux usagers que la situation est sous contrôle? Jusqu’au jour où trois jours après un crash on finit par envoyer des plongeurs pour touristes rechercher des corps et une épave à grand renfort de médiatisation.

On achète des groupes électrogènes. Neufs? D’occasion? Chers en tous les cas! Ensuite on néglige la maintenance, on bricole, on rachète, on déleste ou on déclenche selon l’interlocuteur. On fournit l’électricité la nuit pour permettre à chacun de regarder la télé et oublier tout ce qui n’a pas marché la journée faute d’électricité ! Le document qu’on a pas pu imprimer, la machine que l’on a pas pu faire fonctionner, la connexion que l’on a pas pu établir, la couveuse qu’on a dû débrancher, l’appareil à oxygène qu’on a arrêté, les chambres froides qu’on a dû éteindre et la nourriture qu’on a dû jeter (ou consommer quand même). Des milliers d’âmes résignées s’équipent, non sans risque, de groupes de fortune, de bougies et autres palliatifs en priant pour des lendemains meilleurs. Wa renge, wudja!

Chaque jour que Dieu fait dans ce pays comporte son lot d’improvisations et d’ingéniosité pour affronter les défis du quotidien. La créativité des citoyens est telle, qu’on a tous perdu de vue qu’une société ne peut pas se construire sur le mode de l’improvisation.

Tant que nous restons entre nous à nous regarder le nombril, à défendre nos mariages ostentatoires, nos kofias joliment brodés, nos trois épices aux parfums uniques, nous pouvons nous bercer de l’illusion que nous pouvons leurrer tout le monde et persister dans nos petits arrangements.

Par contre, à chaque fois qu’il va falloir se mesurer aux autres et donc planifier, se fixer des objectifs, s’organiser, se doter des ressources nécessaires, anticiper, produire des résultats, nous serons inévitablement confrontés à ces clashes que nous expérimentons dans le monde du football depuis quelques temps. Ceci devrait nous interpeller car le départ de nos champions du foot est immédiatement visible. La réalité est que tous les jours nous perdons dans l’indifférence totale nos champions dans tous les domaines parce qu’ils arrivent tous à la même conclusion « nous ne pouvons plus continuer, on arrête tout»!

Jusqu’à présent on a réussi le miracle de contenir cette construction bancale – d’aucuns diront parce qu’il y a Dieu dedans – mais les fissures sont de plus en plus béantes et la recherche légitime d’excellence et d’efficacité de nos jeunes générations ne peut souffrir davantage d’improvisation. Il est temps d’arrêter de jouer avec le feu.”

La Chinoise

HaYba FM la Radio Moronienne du Monde

La Rédaction

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