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Le dialogue national, une supercherie de plus

Je veux ici dénoncer la supercherie du dialogue national. Le Chef de l’Etat réitère son coup de maitre des assises. Occuper les comoriens avec des palabres, les amuser avec un budget conséquent mis à disposition, produire un gros bouquin de recommandations édictées et claironner partout que les comoriens ont décidé que…

Son lancement est décrété le 23 novembre 2021 par le chef de l’Etat Assoumani Azali. Les articles 1 et 2 reprennent sans vergogne les mêmes motivations jetées aux oubliettes du décret d’appel aux assises nationales du 15 septembre 2017 : « un climat d’apaisement en vue du développement socio-économique…dans la paix et la stabilité du pays ». Or le chef de l’Etat en a fait fi en 2018 comme il en a cure aujourd’hui.

Dans ce dialogue, il ne s’agira pas de remise en cause du cap choisi qui nous a amené à l’impasse actuel. Mais des questions savamment choisies afin d’orienter les réponses (sur la CENI, les circonscriptions, les élections de 2024 et de 2025) et des interdits à ne pas aborder (prisonniers politiques, mascarade des élections de 2018 & 2019).

Avoir suivi le Chef de l’Etat ces dernières semaines dans ses pitoyables mises en scène, puis avoir écouté la conférence de presse du Mouvement présidentiel le 21 décembre 2021 tenue avec beaucoup de dédains envers les potentiels partenaires, valablement je peux dire le « Grand débat » n’aura pas lieu à ce dialogue.

Interview du chef de l’Etat à Jeune Afrique du 17 novembre 2021

Le Chef de l’Etat a accordé, le 17 novembre, une interview à Jeune Afrique dans laquelle il explique « que la crise sanitaire a bouleversé l’agenda de développement du pays ».

Correction : dès Décembre 2019, bien avant la crise sanitaire, tout était déjà dérèglé chez nous. Aucune dynamique n’était en place. D’où la grande grève de janvier 2010 du secteur privé.

Contrairement à ce que Assoumani Azali a soutenu, « …. il est temps aujourd’hui pour les Comores de revenir sur la scène internationale pour montrer leurs potentialités…. » . Ce ne sont pas nos potentialités qui constituent notre mise à l’écart international mais la gestion chaotique de l’Etat, doublée d’une corruption généralisée.

La Conférence des partenaires au développement (Cpad) fût une lettre morte. Et la fin de l’exposition universelle de Dubaï, coïncidera avec la période de dévoilement des conclusions du dialogue pour encore se donner du temps.

Le Chef de l’Etat a dû avoir un trou de mémoire d’avoir oublié ARMADA quand il a essayé de rassurer les hommes d’affaires émiratis à travers son interview. (ARMADA est un groupe émirati dessaisi de son projet d’Hôtel à la Grande-Comore sans respect des dispositions légales).

Quand il a évoqué le dialogue national, Assoumani Azali, a fait savoir que celui-ci « n’intervient pas dans les mêmes circonstances que le précédent ». Mais de quel précèdent dialogue faisait –t-il référence ?

Car après les assises nationales de 2018, il n’y a pas eu à ma connaissance de dialogue national qui a abouti à sa constitution de 2018.

Dans cette interview, Il y a eu ses contre-vérités mais il a aussi dit le fond de sa pensée quant aux tenants et aboutissants du dialogue : le processus électoral de 2024 et 2025.

Devant le journaliste de Jeune Afrique, Assoumani Azali a affirmé que « personne n’a le monopole de l’opposition chez nous ». Donc il s’agira de susciter des vocations d’opposants car « …. nous discuterons avec ceux qui accepteront de venir».

Intervention de Bandamadji La Domba du vendredi 3 décembre 2021

Au cours de son discours à la grande mosquée de vendredi de la localité, axé sur le dialogue national, Assoumani Azali a justifié le choix de ses déplacements pour « aller à la rencontre des citoyens, les vendredis, un jour béni, plein de miséricorde ».

Je rappelle à Assoumani Azali que la définition de miséricorde est « Pitié par laquelle on pardonne au coupable » Comme je lui ai déjà suggéré, qu’il demande explicitement la miséricorde au lieu de faire des ronds de jambe.

Contexte politique oblige, Assoumani Azali en a profité pour rappeler que le dialogue national est d’abord « une initiative souveraine censée mettre à plat les divergences et les pistes pour des solutions ». Et le chef de l’Etat a bien insisté sur le pluralisme des opinions mais dans le cadre des élections de 2024 et 2025 et de leur processus.

C’est de la tromperie manifeste.

Quand les faits sont sur la table, où ils sont reconnus, analysés, c’est à partir de ce moment-là qu’on peut réconcilier et construire une autre histoire. Nous avons des choses à bâtir et à reconstruire pour notre nation. Le Chef de l’Etat Assoumani Azali doit se regarder le matin en se brossant ses dents et se dire qu’il ne construira pas un roman national avec des falsifications.

Cette mascarade de dialogue est devenu la mode dans certains pays francophones pour se défaire de la pression exercée par leur diaspora et l’UA et donner un gage ou un semblant de bonne volonté. Malheureusement nous ne sommes plus dupes et le peuple a encore en mémoire la supercherie des assises de 2018.*

Depuis les accords de Fomboni, plusieurs modifications de Constitution ont été opérées. Cela n’a pas suffi puisque nous en sommes encore à la vieille d’une autre. Et ce dialogue-ci, prélude à une énième modification ne va rien donner pour plusieurs raisons :D’un, seul le président va décider. De deux, On ne peut faire un dialogue national avec seulement les responsables du chaos, ceux qui ne connaissent rien en politique économique ni en développement. De trois, les résultats sont déjà connus. L’objectif recherché est de juste rester et renforcer le pouvoir. Et non faire les restructurations ni relancer le pays, choses qu’ils ne veulent pas faire car ils ne savent pas faire. Le Dialogue National, ce sera jusqu’à mi-juin 2022 pour manipuler et laisser le pays s’écrouler, l’économie s’effondrer, la population lassée de pauvreté, d’abus, de violence.

Pourtant ce dialogue n’a aucune base légale et rien n’est écrit nulle part. Assoumani Azali a signé le décret appelant au dialogue National sur des « vu » et un « Considérant mon discours du 9 septembre 2021 ».

Et ce seront toujours les mêmes tribulations conduites par les mêmes leaders, des tensions pré et post électorales, une énième modification de constitution, des fautes de gestion qui défient toute logique et qui demeurent impunies.

Cette fois-ci le guide suprême voudra se protéger en offrant comme cadeau de retour au bouc émissaire, la mise en place d’un 1er Ministre et la nomination des gouverneurs des iles pour finir d’achever l’autonomie des iles de l’Union.

De 2001 à nos jours, rien n’a changé à part les ex-dirigeants devenus des hommes d’affaires. Des grands paresseux qui ont fait de la politique un métier plus rentable que tout autre. Et les riches de notre pays au lieu d’être des produits du secteur privé sont plutôt des citoyens du secteur public.

Il urge de mettre fin à la récréation et réagir en patriotes. Nous n’allons pas abandonner notre pays à ceux-là même qui veulent nous apporter une nuit éternelle de non-droit et faire disparaitre notre monde.

Pour avoir des Nouvelles Comores, Il nous faut nous délester de toute cette génération politique à Beit Salam et dans les ministères et en finir avec ces « has been ». Et je ne veux même pas évoquer les coalitions qui font des partis et associations des GIE, un moyen pour certains, de se servir et non de servir le Peuple.

Une Nation qui aspire à l’émergence doit être gouvernée avec plus de rigueur, d’expertise, de noblesse et de grandeur d’âme.

Aux Assises Nationales, nous avons eu des personnalités qui émergeaient du fait de leur légitimité historique, politique ou socioprofessionnelle, les rendant éligibles à l’accomplissement de cette noble mission. Au dialogue national, Assoumani Azali n’a trouvé que des lampistes pour maquiller son échec. C’est du mépris. Les responsables du fiasco doivent se taire à jamais. Ils ne sont plus habilités à proposer, et encore moins à imposer. En imposant un cap et laisser des pauvres acteurs se charger de l’exécution, il ne pouvait trouver mieux pour cette supercherie.

Pour ma part, pas de dialogue avec le gouvernement, ni avec le régime d’Assoumani Azali. Je conseille plutôt de recourir à LA NEGOCIATION, la solution idoine qui s’offre à eux aujourd’hui.

Moroni le 22 décembre 2021

Mahamoudou Ali Mohamed

Président ANC

La Rédaction

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