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Djomani-Chamlé : les Comoriens ne sont pas peureux, ils se battent entre villages… mais pas pour le pays: Pourquoi ?

 

Une nouvelle tension entre villages vient rappeler une réalité que les Comores connaissent trop bien. Dans la région de Mboudé, à Ngazidja, un conflit aurait éclaté entre les villages de Djomani et Chamlé. Selon les premières informations relayées localement, l’affaire serait partie du transport d’une pirogue, ou d’une embarcation de type kwassa-kwassa, déposée à Chamlé par des habitants de Djomani dans des circonstances encore floues. Pour l’instant, les causes exactes de cette bagarre ne sont pas clairement établies et aucun blessé n’aurait été signalé.

Mais au-delà de cet épisode, une question plus profonde se pose : pourquoi les conflits villageois reviennent-ils aussi régulièrement aux Comores ?

Car ce qui s’est passé entre Djomani et Chamlé n’est pas un fait isolé. Dans l’archipel, les tensions entre localités peuvent naître d’un match de football, d’un conflit foncier, d’une provocation entre jeunes, d’une rivalité ancienne, d’une affaire d’honneur ou d’un simple incident mal géré. En 2022 déjà, les autorités de Ngazidja avaient organisé une rencontre avec des élus locaux, des leaders d’opinion, le muftorat, la gendarmerie et des représentants de la société civile à cause d’une recrudescence des violences inter-villageoises, notamment dans les stades, les écoles, les plages et les lieux publics. 

Le football, qui devrait être un espace de rencontre, de joie et de cohésion, devient parfois un déclencheur. Aux Comores, plusieurs violences locales ont éclaté autour des matchs, de l’arbitrage, des supporters ou des rivalités entre clubs. Des sanctions sportives ont même été prises dans le passé contre des équipes accusées d’agressions, de menaces ou de troubles pendant les compétitions. 

Dans la mémoire collective comorienne, un conflit reste particulièrement douloureux : celui entre Hantsindzi et Chezani. Les archives rappellent qu’en 2001, quatre habitants de Chezani ont été tués à l’arme blanche par des habitants de Hantsindzi, cinq ans après des violences liées à une rencontre sportive entre les deux localités, au cours desquelles quatre habitants de Hantsindzi avaient été tués. Ce drame a marqué durablement les esprits, parce qu’il a montré jusqu’où une rivalité villageoise pouvait aller lorsque la colère collective remplace la médiation.

Ces conflits obligent aussi à remettre en question une idée souvent répétée : celle selon laquelle les Comoriens seraient naturellement pacifistes, ou même « peureux ». Cette idée revient souvent lorsqu’on reproche à la population de ne pas descendre massivement dans la rue contre le pouvoir, de ne pas se révolter politiquement, de rester dans une forme de fatalisme face à l’État.

Mais la réalité est peut-être plus complexe. Les Comoriens ne sont pas forcément incapables de se battre. Les conflits villageois prouvent même le contraire. Ils peuvent se mobiliser, s’opposer, prendre des risques, défendre un groupe, un honneur, une appartenance. Le problème n’est donc pas seulement la peur. Le problème est peut-être ailleurs : dans le fait que le combat pour l’État, pour la nation, pour l’intérêt général, ne suscite pas la même énergie que le combat pour le village, la famille, la région ou la communauté immédiate.

Historiquement, aux Comores, l’identité villageoise est très forte. Le village n’est pas seulement un lieu d’habitation. C’est une appartenance, une protection, une mémoire, parfois une fierté presque patriotique. Beaucoup de Comoriens se sentent d’abord liés à leur village, à leur région, à leur île, avant de se sentir liés à une nation abstraite. La nation comorienne moderne est une construction relativement récente, tandis que le village est ancien, concret, visible, quotidien.

C’est peut-être là que se trouve le cœur du problème. Quand le village est touché, l’émotion est immédiate. Quand l’État dysfonctionne, quand l’intérêt général est menacé, quand la nation souffre, l’indignation existe, mais elle ne se transforme pas toujours en action collective. Non pas parce que les Comoriens seraient faibles, mais parce que le sentiment national n’a pas encore toujours la même puissance affective que le sentiment villageois.

La récurrence de ces conflits devrait donc ouvrir un vrai débat national. Il ne suffit pas d’envoyer les forces de l’ordre après chaque bagarre. Il faut comprendre ce que ces violences disent de notre société. Elles disent que l’énergie collective existe. Elles disent que les jeunes peuvent se mobiliser. Elles disent que l’honneur, l’appartenance et la solidarité sont encore des forces puissantes. Mais elles disent aussi que ces forces sont souvent enfermées dans des cadres trop étroits.

La vraie question est donc la suivante : comment transformer l’attachement au village en amour du pays ? Comment faire en sorte que l’énergie que l’on met à défendre son quartier, son village ou sa région puisse aussi servir à défendre l’école, l’hôpital, la justice, la sécurité, l’économie et l’avenir commun ?

Le conflit entre Djomani et Chamlé doit être traité avec prudence, car les causes exactes restent à établir. Mais il doit aussi être pris comme un signal. Une société qui se bat facilement pour ses villages, mais rarement pour son intérêt général, doit interroger la manière dont elle fabrique le sentiment national. Aux Comores, le défi n’est peut-être pas d’apprendre aux gens à être courageux. Le défi est d’élargir leur courage. De faire passer le patriotisme du village à la nation.

ANTUF Chaharane 

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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