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Conflit entre Nioumadzaha et Salimani : Salimani sommé de payer les dégâts

Le conflit intervillageois entre Nioumadzaha ya Bambao et Salimani ya Hambou a fait plusieurs dégâts matériels notamment à Nioumadzaha où des maisons ont été incendiées, et d’autres bien vandalisés. Le village de Salimani qui a rapidement tendu la main à son voisin avant que la situation ne s’envenime, est sommé de mettre la main à la poche pour réparer les dégâts. La facture risque d’être salée : au moins 20 millions de nos francs selon en tout cas les estimations des concernés.

« Se réconcilier d’abord, et ensuite demander des réparations, c’est inédit car la plupart de temps, ce sont les réparations qui conditionnent la réconciliation », se vantent ces cadres de Nioumadzaha au cours d’une conférence de presse tenue au village le samedi 18 juin, dont l’objectif était de faire le point sur les tensions qui régnaient entre ce village situé aux confins sud de la région de Bambao, et leurs voisins de Salimani de la région de Hambou. Le mardi 15 juin, un conflit s’éclate entre les deux bourgades.

L’équipe de foot de Salimani devait se rendre à un match à Moroni quand, arrivés au sud de Nioumadzaha, les supporters ont été contraints de faire demi-tour pendant que les joueurs, eux, n’ont pas été inquiétés. Des jeunes de Nioumadzaha accusaient les supporters d’Alizé Fort d’« insulter [leur] chef du village » depuis quelques jours plus tôt, toujours pour des histoires de football dit-on. Des altercations s’en sont suivies entre les deux parties. Bilan du jour : une maison en dur incendiée, un chantier d’agglos, une boutique et une mosquée vandalisés. Le tout à Niouamadzaha au bord de la nationale 2. Le lendemain, les malfaiteurs sont revenus à la charge : au moins trois autres maisons sont incendiées dans la partie sud-est jouxtant (ou presque) Salimani. Des animaux blessés, d’autres portés disparus, des voitures incendiées. Une papayeraie lâchement vandalisée.

« Le bilan est évalué à 20 millions de nos francs au moins », affirme Mohamed Athoumani, professeur de philosophie au cours de la conférence. « Ils ont tué des animaux en ont volé d’autres », accuse celui qui parle au nom des cadres du village. « Nous avons fait preuve de résistance. Nous avons la possibilité de riposter violement mais nous avons opté pour le choix de la raison : le calme ». Le surlendemain de la date à laquelle s’est éclaté le conflit, les deux villages se sont retrouvés autour d’une table ronde présidée par le commandant de la gendarmerie nationale, à Moroni. Le moment de se regarder dans les yeux, se dire la vérité et se serrer la main.

« Pendant que nous énumérions les dégâts que nous avons enregistrés, la délégation de Salimani se contentait d’implorer le pardon. Ils n’ont fait aucune mention d’aucun bien supposé détruit chez eux. Preuve qu’il n’y avait pas de réponse à l’agression dont nous venions d’être victimes de leur part. Nous avons accepté la main tendue car, et ils l’ont si bien souligné, la paix n’a pas de prix. Mais ils vont devoir payer tous les dégâts qu’ils ont commis », poursuit M.Athoumani surnommé Mbida. « Se réconcilier d’abord, et ensuite demander des réparations, c’est inédit car la plupart de temps, ce sont les réparations qui conditionnent la réconciliation », enchaine un autre conférencier, Mmadi Hassani, pour qui « le véritable pardon dépendra de la suite qui sera donnée à la plainte » qui sera déposée incessamment au Tribunal.

Ces cadres de Nioumadzaha n’ont pas manqué de dénoncer « la brutalité » dont ont fait preuve les forces de l’ordre. Ils n’en reviennent pas que celles-ci se soient mises à répandre du gaz lacrymogène dans leur village et arrêter les gens « au lieu d’assurer notre sécurité ». Les conférenciers qui constituent une Cellule de crise ad-hoc assurent avoir remis au commandant de la gendarmerie des vidéos « qui prouvent clairement la volonté de certains gendarmes à [leur] causer du tort ». Ledit commandant a, soit dit en passant, fait savoir aux deux parties que rien que courant l’année 2021, une cinquantaine de gendarmes sont soit radiés soit rétrogradés selon le cas. Comme pour dire que les bavures policières commises durant le conflit, si elles s’avèrent, ne resteront pas impunies.

Kamal Gamal / LGDC

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