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Collège transformé en hangar, le signe d’un secteur public malade?

Si la China Geo-Enginnering corporation Comores – l’entreprise chinoise retenue pour réhabiliter le tronçon routier partant de Mitsudje jusqu’à Fumbuni, a accepté de payer les écolages des quelques élèves inscrits dans cet établissement, la réquisition de ce collège met en lumière la déliquescence des écoles publiques dont l’état de délabrement laisse à désirer.

Après des années de suspens, la route menant au sud de Ngazidja va enfin être réhabilitée. Les travaux de réfection jadis confiés à la société Eiffage reprendront mais cette fois-ci avec une entreprise chinoise, la China Geo-Enginnering corporation Comores (Cgc). Cette dernière a en effet remporté le marché suite à un appel d’offres lancé par le gouvernement comorien. Les Chinois se sont engagés à enrober les 38 km de ce tronçon pour un montant de 10 milliards de francs. La durée des travaux : 24 mois. Et comme toujours, toute société qui s’est vue confier un marché routier cherche un endroit qui sert de quartier général, bref d’entrepôt pour ses employés et ses équipements. Pour la première tranche, qui s’étalera de Mitsudje à Panda, la Cgc semble avoir trouvé le bâtiment qui abritera ses engins : Le collège public de Mbibodju. Oui un établissement scolaire deviendra un hangar pendant au moins deux ans.

Un contrat auquel Al-watwan a eu accès a donc été signé entre le ministère de l’Éducation et les responsables de l’entreprise. En pleine année scolaire, les élèves ont été contraints de plier bagages. Le bémol, cela n’émeut personne. Ni les parents, ni les acteurs du secteur éducatif. Encore moins les riverains. Ces derniers ulcérés par les nids de poules éparpillés sur la route qu’ils empruntent quotidiennement ne souhaitent qu’une seule chose : Que la route soit achevée. Pourtant, la confiscation de cette école publique devrait réveiller les consciences sur les problèmes structurels qui touchent l’enseignement public.

Causes lointaines

Car si la société Cgc est parvenue sans coup férir, ni tollé à obtenir le collège de Mbibodjou en site opérationnel avancé, il y a bien des causes lointaines et latentes qu’il convient de soulever. Des facteurs qui expliquent pourquoi en est-on arrivé là. En effet, il n’est un secret pour personne que les établissements publics du pays sont, depuis des années, livrés à eux-mêmes.Les difficultés auxquelles ils font face sont nombreuses. D’abord la fuite des élèves vers les écoles privées. Malgré les alertes, lancées regulierement aucune mesure du moins pour le moment n’a été prise pour stopper cette migration qui continue de vider les établissements publics de ses effectifs.

Dans un rapport post-rentrée, fruit d’une enquête menée sur le terrain par l’inspection générale de l’éducation nationale (Igen), il en était ressorti que le nombre d’élèves dans les lycées publics de Ngazidja surtout, avait chuté de 40%, entre 2015 et 2019. Quant aux collèges, loin d’être épargnés, les effectifs avaient dégringolé à moins 50%.
Les inspecteurs de l’Igen ont révélé toujours dans ce document publié après la rentrée scolaire de 2019-2020 qu’un quart des effectifs des collèges publics était en dessous des minima requis. Faut-il rappeler que le collège de Mbibodju avec ses quatre divisions (6ème à 3ème ) travaillait avec 20 élèves ? Le directeur avait même indiqué qu’en réalité il n’en restait plus de 16.

Entretien, fuite élèves…

Cette fuite qui n’épargne presque aucune école publique tire ses origines, soulignaient les inspecteurs sur de nombreux facteurs. Primo l’ouverture anarchique ici et là de lycées et collèges publics de complaisance, souvent dans des localités voisines. Secundo, il y a le phénomène des écoles privées qui poussent comme des champignons dont certaines ne répondent pas aux critères du ministère de l’Education nationale.En mars 2020, le ministère de l’Éducation avait promis de partir en guerre contre celles-ci. Il n’en fermera que 5. Depuis, rien.L’absence d’entretien et d’une politique de rénovation de ces centres d’apprentissage contribue à leur délabrement. Construits entre 1976 et 1978, peu d’entre eux ont été réhabilités. Souvent, ce sont les régions elles-mêmes qui financent les travaux. Même si des partenaires étrangers ont toujours contribué.

Les enseignants également sont jugés en partie responsables de cette migration d’élèves pour leur manque de sérieux: Absence répétées et non justifiées, programmes scolaires achevés. Pour l’heure, d’après le contrat, la Cgc prendra en charge la scolarité des élèves. Ces derniers ont été autorisés à s’inscrire dans des écoles privées et percevront trimestriellement la somme de 45 000 fc, jusqu’à ce que les travaux prennent fin.L’entreprise s’est aussi engagée à réhabiliter les locaux administratifs, les salles, la toiture, etc. On ne peut que dire merci à la China Geo-Enginnering corporation Comores. Mais à quand on viendra à la rescousse de l’école publique ?

Abdou Moustoifa/ Alwatwan

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