Dans une allocution solennelle, le président Azali Assoumani a annoncé une hausse imminente des prix des hydrocarbures, invoquant la crise énergétique mondiale et les difficultés financières de la Société Comorienne des Hydrocarbures. Officiellement, il s’agit d’une décision contrainte. Officieusement, beaucoup y voient une nouvelle démonstration d’un pouvoir qui fait payer ses choix à une population déjà fragilisée.
Car si le chef de l’État insiste sur l’impossibilité pour la société publique de continuer à absorber les pertes, il reste étrangement silencieux sur les efforts que l’exécutif lui-même serait prêt à consentir. Aucun mot sur une réduction du train de vie de l’État, aucune annonce sur une limitation des missions à l’étranger des ministres, ni sur une rationalisation des dépenses publiques. En somme, aucune remise en question du fonctionnement gouvernemental, alors même que l’on demande aux citoyens de se serrer la ceinture.
Plus inquiétant encore, l’absence de transparence. Aucun chiffre n’a été avancé lors du discours. Les nouveaux prix seront fixés ultérieurement par arrêtés, laissant la population dans une attente anxiogène. Une méthode qui interroge et renforce le sentiment d’une décision imposée sans réel débat ni préparation.
Sur le terrain, les conséquences sont pourtant prévisibles et immédiates. Une hausse du carburant entraîne mécaniquement celle des tarifs des taxis, déjà élevés pour une grande partie de la population. Elle impacte également le coût de production de l’électricité, dans un pays où l’énergie repose largement sur le thermique. À terme, c’est toute la chaîne des prix de l’ alimentation, transport, services qui risque de s’envoler.
Face à cela, les promesses d’un « plan d’accompagnement » apparaissent bien fragiles. Protection des ménages vulnérables, encadrement des prix, régulation du transport, des annonces déjà entendues par le passé, souvent sans résultats concrets durables. Sans mesures précises, chiffrées et immédiates, ces engagements peinent à convaincre.
Cette décision met en lumière un déséquilibre persistant, d’un côté, un État qui refuse de revoir son train de vie ; de l’autre, une population sommée d’absorber les chocs économiques. Dans ces conditions, la hausse du carburant dépasse largement la simple question énergétique. Elle devient un révélateur d’un malaise plus profond, celui d’un fossé grandissant entre les dirigeants et les réalités quotidiennes des Comoriens.
IBM


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