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Azali signe un décret pour contrôler l’énergie solaire : les Comoriens seront-ils demain taxés pour réussir là où l’État a échoué ?

 

Pendant des années, les Comoriens ont vécu au rythme des coupures d’électricité. Dans certaines localités, avoir du courant relevait parfois du luxe. Cette situation a freiné le développement des ménages, mais aussi celui de nombreuses activités économiques. Aucun pays ne peut véritablement se développer sans énergie fiable.

Face aux difficultés persistantes de l’État à assurer un approvisionnement régulier en électricité, les citoyens ont progressivement trouvé leurs propres solutions. Des milliers de familles ont investi dans les panneaux solaires. Dans plusieurs villages, des initiatives collectives ont vu le jour pour permettre aux habitants d’accéder à une énergie devenue indispensable.

Jusqu’à présent, ce secteur s’est développé relativement librement. Chacun pouvait investir, entreprendre, installer des équipements ou imaginer des solutions adaptées à ses besoins. Beaucoup y voyaient une preuve que la société pouvait avancer même lorsque l’État était absent.

Mais un nouveau décret signé par le président Azali Assoumani vient désormais encadrer l’autoproduction d’énergie renouvelable et l’organisation des mini-réseaux. Présenté comme une modernisation du secteur, ce texte soulève également plusieurs interrogations.

Sur le papier, les intentions semblent positives. Le décret reconnaît officiellement l’autoproduction d’électricité, les communautés énergétiques et les mini-réseaux. Il prévoit également certains avantages fiscaux pour les équipements destinés aux installations renouvelables. Ces mesures pourraient contribuer à structurer un secteur en pleine croissance.

Cependant, certains observateurs craignent que cette réglementation ne marque le début d’un contrôle administratif plus important sur un domaine que les citoyens avaient réussi à développer eux-mêmes.Car derrière les notions de régulation apparaissent désormais des déclarations obligatoires, des autorisations, des certifications, des contrôles techniques, des procédures administratives et l’intervention de nouvelles autorités de supervision.

Aujourd’hui, aucune taxe spécifique n’est annoncée. Mais l’histoire administrative de nombreux pays montre qu’une fois un secteur identifié, organisé et enregistré, il devient plus facile d’y introduire demain des frais, des redevances, des autorisations payantes ou des obligations supplémentaires.

Une autre inquiétude concerne les mini-réseaux villageois. Jusqu’ici, des habitants pouvaient s’organiser librement pour répondre à leurs besoins énergétiques. Désormais, certains projets devront obtenir des autorisations, respecter des critères techniques et parfois recourir à des professionnels certifiés. Des exigences qui peuvent être compréhensibles sur le plan de la sécurité, mais qui risquent également de décourager certaines initiatives locales.La question de la certification soulève également le débat. Certes, il est nécessaire de garantir des installations sûres et de qualité. Mais si demain seuls quelques acteurs agréés sont autorisés à intervenir, le coût des installations pourrait augmenter et l’accès au marché devenir plus difficile pour les petits entrepreneurs.

Un autre élément interpelle à la lecture du texte. Certaines dispositions donnent l’impression d’avoir été largement inspirées, voire copiées, de réglementations étrangères sans toujours être adaptées aux réalités comoriennes. Le décret évoque notamment des équipements liés au chauffage de bâtiments ou à la production d’eau chaude sanitaire, des préoccupations courantes dans des pays au climat froid. Or les Comores font face à des problématiques très différentes. Cela soulève une question : le texte a-t-il été pensé à partir des réalités du terrain comorien ou s’agit-il d’un modèle importé puis adapté à minima ?

Le risque le plus important n’est peut-être pas technique. Il est politique.De nombreux citoyens considèrent que l’État, incapable depuis des années de fournir suffisamment d’électricité à la population, devrait avant tout encourager les initiatives privées plutôt que les encadrer davantage. D’autres estiment au contraire qu’un secteur aussi stratégique que l’énergie doit être organisé afin d’éviter le désordre et de garantir la sécurité des installations.Le véritable débat est donc là : comment réguler sans étouffer ? Comment accompagner sans freiner ? Comment organiser un secteur sans transformer chaque initiative citoyenne en parcours administratif ?

Aux Comores, où le solaire représente aujourd’hui l’un des rares domaines dans lesquels les citoyens ont réussi à contourner les défaillances publiques, beaucoup suivront avec attention la manière dont ce décret sera appliqué.Car tout dépendra moins du texte lui-même que de l’usage qui en sera fait demain. Sera-t-il un outil pour accompagner les Comoriens dans leur autonomie énergétique ou le premier pas vers davantage de contrôles, de contraintes administratives et, peut-être un jour, de nouvelles taxes sur une solution que les citoyens ont développée eux-mêmes pour compenser les insuffisances de l’État ?

ANTUF Chaharane

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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