Aux Comores, le scénario semble se répéter encore et encore. Face à une crise sociale, les autorités négocient, promettent, signent des accords pour obtenir la fin d’un mouvement de contestation, puis peinent à appliquer les engagements pris. C’est ce que dénoncent aujourd’hui les anciens grévistes du Centre hospitalier national El-Maarouf, qui ont organisé jeudi un sit-in devant le ministère de la Santé.
Leur colère repose sur une situation que beaucoup jugent absurde. Après plus d’un mois de grève, les agents avaient accepté de reprendre le travail à la suite de la signature d’un protocole d’accord de neuf articles conclu entre leurs représentants et le gouvernement. Cet accord avait pourtant été signé en présence de hauts responsables de l’État, notamment du Secrétariat général du gouvernement et du ministère de l’Intérieur.
Mais plus d’un mois après la suspension du mouvement, les grévistes affirment que les engagements contenus dans ce protocole ne sont toujours pas respectés.
Selon l’infirmière Zoulfata Ali Hamadi, porte-parole du mouvement, la direction de l’hôpital refuse d’appliquer les termes de l’accord. Elle explique qu’avant leur retour au travail, les agents ont été invités à signer une note interne qu’ils ont refusée, estimant qu’elle ne contenait aucun engagement concret. Une seconde tentative menée par le secrétaire général du ministère de la Santé aurait également été rejetée par la direction de l’établissement.
Les anciens grévistes dénoncent notamment une procédure qui, selon eux, servirait à sélectionner quels agents peuvent reprendre leurs fonctions et lesquels risquent d’être définitivement écartés. Une autre note aurait même fixé une date limite de signature au 30 mai sous peine de suspension définitive.
Pour les agents, le paradoxe est total : ils ont respecté leur part du contrat en reprenant le travail dès le 29 avril et en assurant le fonctionnement normal des services hospitaliers, mais ils affirment continuer à subir pressions, intimidations et menaces administratives.
Le licenciement des cinq principaux représentants du mouvement demeure par ailleurs en vigueur. Dans certains services, les anciens grévistes affirment également faire face à des refus de collaboration de la part de certains responsables. D’autres expliquent que leur affectation serait conditionnée à la signature du document qu’ils contestent.
Cette situation illustre une réalité que beaucoup de Comoriens connaissent bien : lorsqu’un mouvement social cesse sur la base d’engagements politiques, le rapport de force disparaît immédiatement. Les grévistes déposent leurs armes en faisant confiance à la parole de l’État. Mais lorsque cette parole n’est pas suivie d’effets, ils se retrouvent dans une position de faiblesse, sans moyen de pression réel.
Pour plusieurs observateurs, le problème dépasse largement le cadre d’El-Maarouf. Il pose une question fondamentale : comment convaincre des travailleurs ou des citoyens de faire confiance à des accords négociés avec l’État si ces accords ne sont pas appliqués une fois la crise terminée ?
Contacté par la presse, le directeur général du CHN El-Maarouf n’a pas souhaité répondre aux accusations formulées par ses agents. Quant au ministère de la Santé, il n’avait pas réagi au moment de la publication.
Pendant ce temps, les anciens grévistes continuent de réclamer une seule chose : le respect d’un accord pourtant signé par toutes les parties.
Said Hassan Oumouri


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