Construire une maison aux Comores est devenu, pour de nombreuses familles, un défi financier de plus en plus difficile à relever. Derrière cette réalité, un facteur revient avec insistance : la hausse du prix des matériaux de base, notamment le sable, le gravier et les granulats, indispensables à toute construction.
En novembre 2021, un article du journal Al-Watwan indiquait que le sable et le gravier étaient vendus autour de 92 400 francs comoriens pour 8 m³, selon les déclarations de Mohamed Soidik, gérant de l’Entreprise générale de terrassement (EGT). Ce prix pouvait varier en fonction du transport et du livreur, mais il donnait une référence claire du marché à cette période.
Aujourd’hui, les prix visibles sur certaines plateformes commerciales ou évoqués par des consommateurs sont nettement plus élevés. Le site Comores Houla affiche le sable à 173,47 euros pour 4 m³, soit environ 85 000 francs comoriens. Rapporté à 8 m³, cela représente environ 170 000 francs comoriens, soit une hausse proche de +84 % par rapport au prix observé en 2021. D’autres plateformes, comme Comores En Ligne, proposent le sable concassé à 353,19 euros pour 8 m³, soit environ 173 000 francs comoriens, confirmant cet ordre de grandeur.
Cette augmentation est loin d’être marginale. Pour un particulier, elle change complètement la capacité à construire. Une maison nécessite plusieurs dizaines de mètres cubes de sable et de gravier. Chaque hausse se répercute donc immédiatement sur le coût global du chantier. À cela s’ajoutent d’autres postes essentiels, comme le ciment, affiché autour de 188,78 euros la tonne (environ 92 000 francs comoriens), ou encore l’eau de chantier.
Le marché des granulats aux Comores est dominé par quelques acteurs identifiés. Parmi eux, l’entreprise CBE, dirigée par Mahamoud Ali Mohamed, et l’EGT, historiquement présente dans la production de sable et de gravier. Plus récemment, la SCCC s’est imposée comme un nouvel acteur important, notamment à travers l’exploitation de la carrière de Handuli.
L’arrivée de cette nouvelle société a ravivé les tensions dans le secteur. Dans plusieurs prises de parole, le dirigeant de CBE accuse certains opérateurs de pratiquer des prix très bas dans une logique de concurrence agressive, voire de déstabilisation du marché. À l’inverse, une partie des consommateurs voit dans cette concurrence une opportunité de faire baisser les prix et de relancer les projets de construction.
Cette opposition illustre un enjeu central : l’équilibre entre la viabilité des entreprises locales et l’accessibilité des matériaux pour la population.
Les producteurs mettent en avant des coûts élevés. L’extraction et le concassage nécessitent des machines lourdes, du carburant, des pièces importées et une maintenance constante. À cela s’ajoute le transport, qui joue un rôle déterminant. Le sable et le gravier sont souvent produits loin des zones d’habitation, ce qui implique des trajets coûteux. Dans certains cas, le coût du transport peut représenter une part importante du prix final payé par le client.
Le caractère insulaire du pays renforce ces contraintes. Tout est plus cher à importer, du carburant aux équipements. La chaîne de production est donc structurellement plus coûteuse que dans des pays continentaux.
L’histoire du secteur montre que cette situation ne date pas d’aujourd’hui. Un rapport du BRGM indiquait déjà qu’à la fin des années 1990, la production de granulats en Grande Comore atteignait environ 90 000 m³ par an, avec une forte concentration autour d’un nombre limité d’acteurs. L’EGT représentait à elle seule jusqu’à 80 à 85 % de la production, avec des volumes de 38 400 m³ en 1997, 58 800 m³ en 1998 et 58 500 m³ en 1999. Cette concentration historique a contribué à structurer un marché où la concurrence est restée limitée pendant longtemps.
Aujourd’hui, la demande a fortement augmenté, portée par la croissance démographique et les besoins en logement. Mais l’offre reste contrainte par les capacités de production, les coûts techniques et les enjeux environnementaux. L’extraction de sable, notamment en zone côtière, est de plus en plus encadrée en raison de ses impacts sur les écosystèmes et l’érosion du littoral.
Face à cette situation, la question du rôle de l’État se pose avec insistance. Plusieurs leviers existent. L’encadrement des prix, la transparence du marché, l’investissement dans des carrières publiques ou mixtes, ou encore la réduction du coût du transport peuvent contribuer à stabiliser les prix. Une réflexion sur la fiscalité des matériaux de construction peut également être envisagée pour ne pas alourdir davantage le coût pour les ménages.
Par ailleurs, des alternatives à la construction classique méritent d’être relancées. Les briques en terre comprimée, déjà utilisées dans le passé, permettent de réduire la dépendance au ciment et aux granulats tout en valorisant les ressources locales. Ces solutions restent encore peu développées, mais elles pourraient constituer une piste pour réduire les coûts de construction.
Aujourd’hui, le constat est clair : entre la hausse des prix, les tensions entre producteurs et les contraintes structurelles du pays, le consommateur comorien se retrouve au cœur d’un système qui le dépasse. Construire sa maison, autrefois accessible, devient progressivement un luxe.
Trouver un équilibre entre compétitivité des entreprises, régulation publique et accessibilité pour les citoyens apparaît désormais comme un enjeu majeur pour l’avenir du secteur du bâtiment aux Comores.
ANTUF Chaharane


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