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Quand “Le Petit Prince” prend une voix comorienne : une porte ouverte vers la lecture en shikomori

 

Sous les cieux de Moroni, la capitale de l’Union des Comores, un moment culturel rare s’est tenu : la remise officielle de Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry en version shikomori, intitulée Mwana wa shiufalume. Cette traduction du chef-d’œuvre universel marque plus qu’un simple événement littéraire : elle pose la question de l’accès à la lecture pour les Comoriens dans leur propre langue. 

Organisée au palais Guerzani à Itsandraya Mdjini, la cérémonie a vu la remise de 1 000 exemplaires aux établissements scolaires et bibliothèques communautaires via le Centre national de documentation et de recherche scientifique (CNDRS). D’autres distributions sont prévues pour élargir l’accès à ce texte emblématique sur tout le territoire national. 

Ce projet, rendu possible grâce à la Fondation Le Petit Prince et aux Éditions Favre, est l’œuvre du linguiste comorien Ahmed Chamanga, qui a porté Mwana wa shiufalume du français au shikomori avec précision et sensibilité. Cette traduction, plus qu’un simple transfert de mots, est perçue comme un pont entre les cultures, un outil pédagogique et un symbole fort de reconnaissance du shikomori comme langue de transmission du savoir. 

Le directeur général du CNDRS a souligné que ce projet enrichit le patrimoine national tout en transmettant “un message universel de paix, d’humanisme et de fraternité” aux jeunes générations comoriennes. 

Une traduction : un premier pas vers la lecture en shikomori ?

Pourtant, cette réponse à un besoin profond — celui de lire dans sa langue maternelle — soulève une problématique essentielle : est-ce que la simple traduction d’œuvres cultes va suffire à amener les Comoriens à lire davantage ?

Pendant longtemps, la lecture aux Comores a été dominée par des langues comme le français et l’arabe classique, qui restent souvent des obstacles pour une grande partie de la population. Lire dans une langue étrangère peut décourager, surtout lorsqu’il s’agit d’accéder à la littérature mondiale. Avec Mwana wa shiufalume, ce mur commence à tomber, car un livre universel est désormais lisible dans la langue du quotidien.

Mais créer des lecteurs ne se limite pas à remplacer un texte par un autre. Il s’agit aussi de développer une culture de lecture dans la famille, à l’école, dans la communauté  et de valoriser ce geste souvent perçu comme réservé aux élites ou aux contextes scolaires.

Et si l’intelligence artificielle devenait un accélérateur ?

L’ambition ne devrait pas s’arrêter à une seule œuvre. Aujourd’hui, les progrès de l’intelligence artificielle (IA) offrent une capacité inédite : traduire rapidement et à grande échelle des œuvres littéraires majeures dans des langues moins servies comme le shikomori. Cela pourrait permettre aux Comoriens d’accéder non seulement à Le Petit Prince, mais aussi à un vaste patrimoine littéraire mondial contes, romans, essais, récits jeunesse, etc.

Si cette technologie est utilisée avec rigueur (qualité linguistique et respect de l’intention originale), elle pourrait jouer un rôle clé pour mettre à disposition une bibliothèque en shikomori, favorisant l’habitude de lire dès le plus jeune âge et démocratisant l’accès à la connaissance.

Vers une renaissance de la lecture comorienne ?

Mwana wa shiufalume est un pas significatif  symbolique et concret  vers une plus grande inclusion culturelle et cognitive. Elle montre qu’une œuvre mondiale peut trouver une résonance dans une langue locale, ouvrant ainsi une fenêtre sur le monde à travers les mots que les lecteurs comoriens connaissent depuis leur enfance.

Mais pour que cette initiative ne reste pas un moment isolé, il faudra aller plus loin, combiner politique éducative, laboratoires de traduction, impulsions technologiques et mobilisation communautaire. Alors, peut-être, la traduction ne sera plus seulement un pont ponctuel, mais le début d’une véritable culture de lecture dans la langue du cœur comorien.

ANTUF Chaharane 

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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