À Moroni, la grève nationale de l’éducation a pris ce mercredi un nouveau visage : celui des élèves. Après plusieurs semaines de paralysie dans l’enseignement public, des jeunes sont descendus dans la rue pour faire entendre leur propre colère. Parmi eux, un nom a particulièrement retenu l’attention : Moussa Fazil, élève au verbe posé, déterminé, sans excès, mais avec une phrase qui résume à elle seule toute la crise actuelle.« Quand deux bœufs se battent, c’est l’herbe qui souffre le plus. »
Par cette image simple, Moussa Fazil a mis des mots sur ce que vivent aujourd’hui des milliers d’élèves comoriens. D’un côté, le gouvernement. De l’autre, les syndicats de l’éducation. Et au milieu, les élèves, privés de cours, inquiets pour leur année scolaire, leurs examens, leur avenir.
Depuis le 17 avril 2026, les enseignants du primaire et du secondaire public sont engagés dans une grève illimitée, portée par la Fédération des syndicats de l’éducation aux Comores. Les revendications portent notamment sur la revalorisation salariale, la grille indiciaire et le respect d’accords déjà signés avec l’État. Le ministère de l’Éducation affirme, de son côté, que le dialogue n’est pas rompu, tout en invoquant les contraintes budgétaires de l’État.
Mais ce mercredi, ce ne sont ni les enseignants ni les responsables politiques qui ont occupé le devant de la scène. Ce sont les élèves eux-mêmes.Selon les éléments rapportés, des élèves du collège de la Coulée et du lycée de Moroni ont traversé la ville pour se rendre jusqu’au ministère de l’Éducation. Leur objectif : porter directement leur parole devant les autorités et rappeler que derrière les discussions administratives, il y a une génération entière qui voit son année scolaire s’effriter.Moussa Fazil a expliqué que la mobilisation n’était pas née dans la confusion. Selon lui, les élèves avaient commencé à s’organiser en appelant différents lycées de Ngazidja afin de se retrouver au lycée Saïd Mohamed Cheikh de Moroni pour discuter ensemble de la situation. L’idée était claire : ne plus rester spectateurs d’un conflit qui les concerne directement.Mais la journée aurait pris une tournure plus tendue lorsque des élèves de l’école Mahadi, qui devaient rejoindre la mobilisation, auraient été arrêtés. C’est à ce moment-là, selon Moussa Fazil, que les élèves se sont levés pour réclamer leur libération. Une démarche qui aurait finalement abouti, puisque les élèves concernés auraient été libérés avant que le cortège ne poursuive sa marche vers le ministère.
Ce moment est important. Car il montre que la mobilisation des élèves ne se limite plus à une simple plainte contre l’absence de cours. Elle devient une prise de parole collective. Les jeunes ne demandent pas seulement la reprise des enseignements. Ils demandent à être considérés comme des acteurs de cette crise, et non comme de simples victimes silencieuses.Le symbole est fort : alors que les adultes négocient, se renvoient les responsabilités ou campent sur leurs positions, ce sont les élèves qui viennent rappeler l’essentiel. Une école fermée, ce n’est pas seulement un problème administratif. C’est une promesse brisée. C’est un calendrier scolaire qui s’effondre. C’est une inquiétude qui grandit dans les familles. C’est un avenir suspendu.
La phrase de Moussa Fazil résonne d’autant plus qu’elle évite le piège de l’accusation facile. Il ne désigne pas un seul coupable. Il pose le problème autrement : lorsque deux forces s’affrontent, celui qui paie le plus lourd tribut est souvent celui qui n’a pas le pouvoir de décider. Aujourd’hui, dans cette crise de l’éducation, « l’herbe », ce sont les élèves.
La mobilisation de Moroni intervient dans un contexte social déjà fragile. Après la crise du carburant, les grèves, les tensions dans la rue et le recul du gouvernement sur la hausse des prix, le pays traverse une période où la confiance entre l’État et une partie de la population semble sérieusement abîmée. La grève de l’éducation vient ajouter une nouvelle inquiétude : celle d’une jeunesse qui regarde les semaines passer sans savoir comment son année sera sauvée.
Pour le gouvernement, l’urgence est désormais double. Il ne s’agit plus seulement de reprendre les discussions avec les syndicats. Il faut aussi répondre à l’angoisse des élèves. Car si la crise continue, la question ne sera plus seulement salariale ou budgétaire. Elle deviendra nationale.
ANTUF chaharane


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