Mohéli pourrait-elle enfin bénéficier d’un véritable programme d’aménagement à la hauteur de ses besoins ? Le gouvernement comorien veut réunir les partenaires internationaux autour d’une table ronde destinée à financer la mise en œuvre du plan de développement urbain de l’île.
Le projet a été présenté lors du Conseil des ministres du jeudi 16 juillet 2026 par le ministre de la Planification, Cheikh Eddine Said Madi. Celui-ci a soumis un mémorandum relatif à l’organisation d’une rencontre avec les partenaires techniques et financiers. L’objectif affiché est clair : mobiliser des financements pour transformer les orientations inscrites dans le plan urbain en projets concrets.
Le Conseil des ministres a salué cette initiative, estimant qu’elle correspond aux ambitions du Plan Comores émergentes, notamment celle d’assurer un développement plus équilibré entre les différentes îles. Le ministère a également été invité à associer les autorités locales, les communes, les techniciens, les acteurs économiques et les autres parties concernées à la préparation de cette table ronde.
Fomboni veut maîtriser son expansion
Cette démarche ne part pas de zéro. Le processus d’élaboration du Plan de développement urbain de Fomboni avait été officiellement lancé en septembre 2025. Le programme, soutenu par la Banque mondiale à travers le Projet régional de renforcement de la résilience climatique, doit permettre d’anticiper les besoins de la capitale mohélienne pour les dix prochaines années.
Le document doit notamment intégrer l’habitat, les transports, les infrastructures, les espaces verts et l’organisation générale de l’urbanisation. Lors du lancement, les autorités avaient expliqué que le plan devait permettre à Fomboni de mieux maîtriser son expansion et d’améliorer durablement les conditions de vie de ses habitants.
L’urgence est réelle. Plusieurs experts ont alerté sur le développement incontrôlé des constructions dans des zones sensibles, particulièrement dans les plaines basses et le long du littoral. L’absence de systèmes suffisants d’évacuation des eaux pluviales expose certains quartiers aux inondations, tandis que l’élévation du niveau de la mer constitue une menace croissante pour la ville.
À l’échelle nationale, les documents de planification reconnaissent depuis plusieurs années le retard des villes comoriennes. Le Plan Comores émergentes constate notamment le manque d’infrastructures d’eau, d’assainissement et de gestion des déchets, ainsi que la progression rapide d’un urbanisme souvent mal maîtrisé. Il fixe comme ambition la construction de villes mieux planifiées, plus résilientes et capables d’assurer les services essentiels à la population.
Le grand défi reste le financement
L’organisation d’une table ronde marque donc une nouvelle étape. Mais elle ne signifie pas encore que les travaux vont commencer immédiatement. À ce stade, le Conseil des ministres n’a annoncé ni montant à mobiliser, ni date précise pour la rencontre, ni liste définitive des infrastructures qui seront financées.
Tout dépendra de la capacité du gouvernement à présenter aux bailleurs des projets détaillés, chiffrés et réalisables. Une route, un réseau d’assainissement, un marché, un quartier aménagé ou un système de drainage ne peuvent pas être financés sur la base d’une simple intention. Chaque projet devra être accompagné d’études techniques, d’un budget, d’un calendrier et de garanties sur son exécution.
Mohéli possède déjà un Schéma d’aménagement territorial élaboré à partir d’un diagnostic participatif. Ce travail a permis d’identifier les zones exposées aux risques, les espaces à protéger ainsi que les secteurs pouvant accueillir de futurs investissements. Selon l’Agence française de développement, ce schéma constitue une base importante pour orienter les projets tout en tenant compte de la fragilité environnementale de l’île.
L’enjeu est désormais de passer des documents aux réalisations. Mohéli souffre depuis longtemps d’un déficit d’infrastructures, alors que son potentiel agricole, touristique et environnemental est régulièrement présenté comme l’un des principaux atouts du pays.
La future table ronde sera donc très attendue. Elle devra montrer si les autorités parviennent réellement à convaincre les partenaires financiers et surtout si les financements annoncés se traduiront, cette fois, par des routes, des réseaux d’assainissement, des équipements publics et une urbanisation mieux organisée.
Pour Mohéli, le véritable succès ne sera pas l’organisation d’une nouvelle réunion. Il se mesurera aux projets effectivement financés, aux travaux lancés et aux changements visibles dans la vie quotidienne de la population.
ANTUF Chaharane


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