La nomination de Soundi Goulam comme directeur général de l’Énergie, des Mines et de l’Eau a choqué de nombreux Comoriens. Quelques mois plus tôt, il quittait la direction de la SONEDE dans un contexte de pénuries d’eau, de fortes critiques contre la société publique et d’objectifs largement non atteints.
Sept mois plus tard, un décret présidentiel le ramène pourtant au sommet de l’administration du même secteur.Mieux encore.Il devient désormais le supérieur hiérarchique de la nouvelle directrice de la SONEDE.Pour beaucoup, cette nomination dépasse le simple choix d’un homme.Elle révèle un système.Le même scénario se répète
En octobre 2024, Soilihi Mohamed Djounaid quitte la direction de la SONELEC après quatre années marquées par des délestages permanents. Lui-même reconnaît que plusieurs objectifs n’ont pas été atteints.
Moins d’un an plus tard, il est nommé secrétaire général adjoint du gouvernement.
Autre exemple.
Youssouf Hamidou Issoufa quitte Huri Money pour prendre la direction de Comores Câbles.
Quelques semaines après son départ, la nouvelle direction révèle une situation financière très dégradée de Huri Money, avec plus de 400 millions de francs comoriens de dettes envers Comores Télécom et un vaste plan de licenciement destiné à sauver la société.
Là encore, le responsable ne disparaît pas du paysage administratif.Il est immédiatement repositionné à la tête d’une autre entreprise stratégique.
Le cas Miroidi confirme le mécanisme
L’ancien directeur général de l’ONICOR, Miroidi Aboudou Idarousse, constitue un autre exemple.Sous sa direction, l’office chargé de l’importation du riz a été confronté à de nombreuses critiques.Les Comores ont connu plusieurs pénuries de riz.La société a été accusée de manquer de transparence dans sa gestion.En 2021, l’arrestation de l’agent comptable de l’ONICOR a provoqué une grave crise interne et alimenté les soupçons de mauvaise gestion relayés dans le débat public.
En juillet 2024, Miroidi quitte finalement la direction de l’ONICOR.Mais là encore, il ne disparaît pas.Il entre directement au gouvernement comme ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, chargé des Affaires foncières et des Transports terrestres.
Quelques mois plus tard, il devient député sous les couleurs du parti présidentiel.Une nouvelle fois, le schéma semble identique.On quitte une société publique.On retrouve un poste politique.
Le même mécanisme semble également concerner certains collaborateurs de ces dirigeants.
Abou Malha, qui occupait les fonctions de conseiller spécial à l’ONICOR, a ensuite été nommé conseiller spécial à la SONEDE. Son changement d’affectation intervient alors que l’ONICOR fait toujours face à un conflit avec des commerçants qui affirment avoir payé du riz sans jamais être livrés et réclament depuis plusieurs mois leur remboursement à travers des sit-in.
Aucun élément ne permet d’affirmer qu’Abou Malha est personnellement responsable de cette affaire. En revanche, son parcours illustre, lui aussi, la continuité de certains cadres entre différentes sociétés publiques, malgré des crises qui continuent de secouer ces établissements.
Ce n’est pas une succession d’erreurs. C’est un mode de gouvernance.Pris séparément, chacun de ces dossiers peut recevoir une explication différente.Mais lorsqu’on les observe ensemble, un mécanisme apparaît.
Les directeurs généraux des sociétés d’État ne sont pas seulement des gestionnaires.Ils sont aussi des relais politiques, des hommes d’influence.
Des personnalités qui représentent le pouvoir dans leur région, leur île ou leur réseau.Dans cette logique, les remplacer définitivement coûterait politiquement cher.Le plus simple consiste alors à les déplacer.
Un décret, un nouveau bureauune nouvelle fonction. Le visage change, le système reste.
C’est pourquoi beaucoup de Comoriens ont le sentiment que les décrets présidentiels ne servent pas seulement à choisir les meilleurs gestionnaires.Ils servent aussi à préserver un réseau de fidèles.Et c’est peut-être cette logique qui explique pourquoi, malgré les crises successives, les mêmes noms continuent de réapparaître au sommet de l’État.
ANTUF Chaharane


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