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Domoni : une formation en pâtisserie qui révèle l’urgence d’une révolution des compétences aux Comores

 

À Domoni, dans une salle imprégnée de parfums de génoise et de crème sucrée, l’association Uesma a clôturé dimanche une formation mobile en pâtisserie moderne. Pendant six semaines, vingt-neuf femmes et un homme ont bénéficié gratuitement d’un apprentissage intensif, encadré par deux formatrices expérimentées. Financé par Secours Caritas France, ce programme, lancé le 3 janvier, vise à transmettre des compétences directement exploitables pour favoriser l’insertion professionnelle.

Les bénéficiaires ont pu acquérir des techniques concrètes, allant de la confection de gâteaux d’anniversaire décorés à la préparation de produits inspirés des standards urbains modernes. Une évaluation est prévue dans les prochains jours, avant la remise officielle des attestations. Les autorités locales, dont le maire de Domoni Youssouf Abou et le préfet de la région, ont salué une initiative porteuse d’avenir et ont évoqué la possibilité d’un accompagnement, notamment à travers des commandes publiques pour soutenir les nouveaux diplômés.

Pour plusieurs participantes, cette formation représente bien plus qu’un simple apprentissage. Ahmed Kaambi Nayma ambitionne déjà de se spécialiser dans les gâteaux d’anniversaire afin d’ouvrir sa propre enseigne. Nakcha Alidy, mère de famille, voit dans cette opportunité un moyen de renforcer son autonomie financière et d’accéder à un réseau professionnel.

Mais au-delà de ces parcours individuels, cette initiative met en lumière une question fondamentale pour l’avenir des Comores : celle de la formation professionnelle et de son rôle dans le développement du pays.

Le cas de cette formation illustre une réalité structurelle : la société comorienne manque cruellement de compétences productives directement liées à la création de richesse. Pendant des décennies, le système éducatif s’est principalement orienté vers des formations générales, produisant des diplômés souvent sans débouchés immédiats dans un marché du travail étroit et saturé.

Ce modèle crée une contradiction profonde. D’un côté, une jeunesse instruite. De l’autre, une économie qui ne peut pas absorber ces profils, faute de structures et de secteurs suffisamment développés. Résultat : chômage, précarité, dépendance, et parfois découragement.

À l’inverse, une formation comme celle de Domoni apporte une réponse directe et concrète. En quelques semaines seulement, elle permet à des citoyens d’acquérir une compétence exploitable immédiatement, capable de générer des revenus. Elle raccourcit le chemin entre l’apprentissage et l’autonomie économique.C’est précisément cette rapidité d’insertion qui doit devenir une priorité nationale.

Passer d’un système éducatif théorique à un système productif

Le véritable enjeu pour les Comores n’est pas seulement d’éduquer, mais de former pour produire. Cela signifie orienter progressivement le système éducatif vers des compétences adaptées aux besoins réels du pays : artisanat, transformation alimentaire, construction, maintenance, numérique, agriculture moderne, services, tourisme, ou encore métiers techniques.

Dans un pays où l’accès à l’emploi public est limité et où le secteur privé reste fragile, la formation doit aussi apprendre à créer son propre emploi. Former des entrepreneurs, des artisans, des producteurs, et non uniquement des demandeurs d’emploi.

Cela suppose une vision stratégique claire. Le ministère de l’Éducation et les autorités doivent d’abord identifier les secteurs porteurs : quels sont les besoins ? Où se trouvent les opportunités ? Quels métiers peuvent générer rapidement des revenus ?

Une fois cette cartographie établie, il devient possible de construire une politique de formation professionnelle cohérente et ciblée.

Les Comores n’ont pas besoin de partir de zéro. Des compétences existent déjà, notamment dans le secteur privé. Les entreprises locales peuvent devenir des partenaires directs de la formation, en accueillant des apprentis et en participant à la conception de programmes adaptés à leurs besoins réels.

Le pays peut également s’appuyer sur la coopération internationale. Des pays comme la Tanzanie ou l’île Maurice disposent d’une expérience reconnue en matière de formation professionnelle. Des partenariats pourraient permettre de faire venir des formateurs, d’échanger des méthodes, et de créer des filières professionnelles solides.

La coopération avec la France, la Chine, l’Inde ou d’autres partenaires peut également jouer un rôle clé, en soutenant la création de centres de formation spécialisés et en finançant des programmes ciblés.

La formation professionnelle, clé de la lutte contre la précarité

La question est simple : sans compétences productives, il est impossible de créer de la richesse. Et sans création de richesse, il est impossible de réduire durablement la pauvreté.

La formation professionnelle n’est pas un simple outil éducatif. Elle est un instrument de transformation économique et sociale.Chaque citoyen formé à une compétence productive devient un acteur de l’économie. Il peut produire, vendre, créer une activité, employer d’autres personnes, et participer à la croissance du pays.

La formation en pâtisserie de Domoni, à son échelle, incarne cette logique. Elle montre que le développement ne commence pas nécessairement par de grands projets coûteux, mais par la transmission de compétences concrètes, accessibles, et immédiatement utiles.

Le véritable défi pour les Comores est désormais de transformer ces initiatives isolées en une stratégie nationale structurée. Et  c’est par la compétence que naît la production.Et c’est par la production que naît la prospérité.

ANTUF Chaharane 

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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