L’abattage récent de grands arbres au sein même du Ministère de l’Agriculture, en face de l’INRAP, continue de provoquer l’indignation. Ces arbres étaient le refuge naturel de centaines de petites chauves-souris comoriennes, espèce essentielle à la pollinisation et à l’équilibre écologique. Leur disparition brutale soulève désormais une question simple mais centrale : qui a donné l’ordre ?
Car ce n’est pas un geste anodin ni un incident isolé. L’intervention a été exécutée sur instruction de tiers, mais les Parcs Nationaux et plusieurs acteurs environnementaux s’interrogent sur l’origine réelle de la décision. S’agit-il d’une initiative administrative interne ? D’un ordre hiérarchique donné sans consultation ? Ou d’une pression extérieure relayée sans réflexion écologique ? Tant que la chaîne de décision n’est pas clarifiée, cet acte restera un symbole d’incohérence entre les discours officiels et les pratiques sur le terrain.
Ce paradoxe expose un problème plus profond : la conscience écologique reste encore faible, non seulement dans la population mais aussi au cœur des institutions elles-mêmes. On demande aux citoyens de planter des arbres pendant que, dans les ministères, on en coupe sans évaluation des conséquences. Comment espérer un vrai changement si ceux qui doivent montrer l’exemple n’intègrent pas pleinement les enjeux de biodiversité dans leurs décisions quotidiennes ?
Les conséquences ne sont pas seulement écologiques, elles sont humaines et urbaines. Les arbres coupés apportaient de l’ombre dans une zone administrative très fréquentée. Ils réduisaient la chaleur, amélioraient la qualité de l’air, captaient la poussière et offraient un microclimat plus respirable pour les employés comme pour les visiteurs. Pour les animaux, ils représentaient un habitat indispensable. Pour les chauves-souris, mais aussi pour des oiseaux insectivores qui contribuent naturellement à la régulation des moustiques. Pour les sols, les racines stabilisaient l’humidité, limitaient l’érosion et évitaient le ruissellement rapide lors des fortes pluies. Un arbre en ville n’est jamais décoratif, il est fonctionnel, vital, irremplaçable.
Cet épisode rappelle aussi la fragilité de la biodiversité urbaine comorienne. Les chauves-souris qui vivaient dans ces arbres participaient activement à la régénération des forêts en dispersant les graines. Leur délogement soudain perturbe une chaîne écologique déjà sous pression face à la déforestation, aux feux de brousse et aux constructions anarchiques. À Mdé, la question qui se pose désormais dépasse le simple incident : elle interroge notre capacité collective – administration, institutions, élus et citoyens – à comprendre que la biodiversité est un bien public à protéger.
La campagne « Un Comorien, un Arbre » avait été lancée quelques semaines plus tôt comme symbole d’un engagement national. Pourtant, l’abattage de ces arbres montre qu’entre les slogans et la culture écologique réelle, il existe encore un fossé. Combien de temps faudra-t-il pour que chaque décision publique, même la plus simple, soit prise avec un minimum de sensibilité environnementale ? Et surtout, quand assumera-t-on clairement la responsabilité d’actes qui affaiblissent notre patrimoine naturel commun ?
ANTUF chaharane


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