En mission de trois semaines à Ndzuani, le directeur général de la Sonelec, Soilahoudine Moumini, a dressé un constat sans détour lors d’un entretien accordé à l’Ortc. Situation financière fragile, anomalies révélées par un audit interne, production insuffisante : le tableau présenté est préoccupant.
Mais un point a particulièrement marqué les esprits. Les habitants de Ndzuani paient leur électricité entre 20 et 30 % plus chère que dans les autres îles, une réalité que le directeur général a lui-même reconnu, non sans amertume.
Au cœur de sa mission, trois priorités ont été définies. La première concerne un investissement de plus de 300 millions de francs comoriens destiné à la révision des groupes électrogènes. L’objectif est clair : améliorer durablement la qualité de l’électricité fournie à la population.
Le deuxième axe porte sur les écarts tarifaires et les pratiques commerciales. « Nous avons relevé des différences au niveau des devis et des pratiques. Globalement, les tarifs sont entre 20 et 30 % plus élevés à Ndzuani », a-t-il expliqué. Une situation qui alimente un sentiment d’injustice chez les usagers de l’île, contraints de payer davantage pour un service pourtant fragile.
Enfin, la direction souhaite intégrer pleinement le personnel de Ndzuani dans un système national unifié, afin d’harmoniser les pratiques et renforcer la cohérence de gestion.
Sur le plan financier, les signaux restent au rouge. Depuis début 2025, la Sonelec accumule les difficultés. « Nous sommes dans une situation très compliquée. Nous arrivons à payer nos charges, mais sans générer de bénéfices », a reconnu le directeur général. Les dépenses annuelles atteignent 1,3 milliard de francs comoriens. Les compteurs prépayés STS sécurisent les recettes, sans pour autant permettre de dégager des marges.
L’audit interne vient assombrir davantage le tableau. Il met en lumière des écarts financiers importants, équivalents à un mois de salaire de l’ensemble du personnel. Une enquête est en cours pour identifier les responsabilités, dans un contexte où la transparence est désormais attendue.
À ces difficultés s’ajoute une contrainte technique majeure. Les besoins en électricité de l’île sont estimés à 6 mégawatts, alors que la capacité actuelle plafonne à 5,4 mégawatts, malgré les réparations engagées. Un déficit qui explique en partie les coupures récurrentes et la fragilité du réseau.
Entre tarifs plus élevés, tensions financières et insuffisance de production, la situation de la Sonelec à Ndzuani met en lumière les défis structurels du secteur énergétique comorien. Un chantier qui, au-delà des constats, appelle désormais des réponses concrètes et rapides.
Said Hassan Oumouri


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