Moroni – Certaines histoires semblent tout droit sorties d’un film. Pourtant, celle de l’artiste comorienne Nawal est bien réelle.
Figure incontournable de la musique comorienne, Nawal a marqué l’histoire en devenant l’une des premières femmes du pays à monter sur scène avec une guitare pour chanter. Un choix qui, dans les années 1980, allait à contre-courant des traditions. À une époque où une femme artiste était souvent mal perçue, elle a dû affronter les critiques, les humiliations et parfois même la violence.
Dans un témoignage bouleversant, la chanteuse raconte qu’en 1984 ou 1985, alors qu’elle devait interpréter quelques chansons lors d’un concert à La Grillade, à Moroni, un membre de sa propre famille est venu la chercher de force avant de la frapper violemment pour l’empêcher de chanter.
Beaucoup auraient abandonné. Pas elle.
Malgré les obstacles, Nawal a continué à parcourir les villages des Comores, souvent bénévolement, pour soutenir des projets de construction d’écoles ou participer à des manifestations culturelles. Sans le savoir, elle était déjà en train d’écrire une histoire qui allait dépasser sa propre vie.
Un soir, invitée à se produire à Dzahadjou, dans le Hambou, aux côtés du célèbre percussionniste Kinkin, un événement inattendu se produit. Pendant la soirée, une femme de l’organisation met au monde une petite fille.
Touchés par la présence et le courage de la chanteuse, les parents prennent une décision extraordinaire : ils donnent à leur nouveau-né le prénom Nawal.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
En grandissant, cette enfant entend régulièrement le récit de cette artiste courageuse qui avait osé défier les interdits. Ses parents lui racontent son histoire comme on transmet un héritage. Peu à peu, cette Nawal développe la même passion.
Elle devient, elle aussi… chanteuse.
Les années passent. La première Nawal s’installe en France. Puis, lors d’un retour aux Comores pour un mariage dans ce même village, une femme âgée l’interpelle et lui révèle ce secret qu’elle ignorait totalement depuis des décennies.
Une petite fille avait reçu son prénom le soir de son concert.
Cette petite fille était devenue artiste.
Aujourd’hui, cette jeune Nawal est venue rendre visite à celle qui a inspiré toute son existence, sans même le savoir. Une rencontre chargée d’émotion, comme un dialogue entre deux générations réunies par une même passion.
Sur ses réseaux sociaux, l’artiste résume ce moment avec une phrase pleine de poésie :
«« Parfois, sans même le savoir, nous semons des graines qui fleurissent bien des années plus tard. »»
Une histoire qui rappelle qu’un acte de courage peut changer bien plus qu’une vie. Sans le savoir, Nawal n’a pas seulement ouvert un chemin pour les femmes artistes comoriennes. Elle a aussi inspiré une enfant qui porte aujourd’hui son prénom… et poursuit, à sa manière, la même mélodie.
Said Hassan Oumouri


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