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Médecine traditionnelle à Ngazidja : six condamnations, mais pourquoi ces centres attirent-ils autant de patients ?

 

Six praticiens de médecine traditionnelle ont été condamnés, lundi 31 août, par le tribunal de flagrant délit. Ils ont écopé de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 100 000 francs comoriens. Ils ne pourront plus exercer avant d’avoir obtenu un agrément.

Cette décision intervient après une opération menée par l’Inspection générale de la santé. Neuf établissements avaient été fermés à Ngazidja : six à Moroni et trois ailleurs sur l’île. Des produits ont également été saisis et doivent être confisqués par l’Agence nationale des médicaments et des évacuations sanitaires. Parmi les six personnes condamnées figurent un ressortissant béninois et un ressortissant nigérien. Mayotte Hebdo

Mais cette affaire pose une question plus profonde : pourquoi autant de Comoriens se tournent-ils vers ces praticiens ?

Ils occupent la place laissée vide par le système de santé

Il serait trop simple de répondre que les patients manquent d’éducation ou croient aveuglément aux guérisseurs. Si ces centres trouvent une clientèle, c’est d’abord parce qu’ils répondent à une demande réelle.

En 2025, une enquête d’Afrobarometer montrait que 74 % des Comoriens interrogés jugeaient difficile l’accès aux soins. Parmi ceux ayant fréquenté un établissement public, 77 % avaient rencontré de longues attentes, 76 % des coûts trop élevés, 67 % l’absence de personnel médical et 62 % un manque de médicaments ou de matériels. Afrobarometer

Le recours aux praticiens traditionnels ne vient donc pas seulement d’une croyance. Il naît aussi d’un calcul très concret.

Quand l’hôpital est éloigné, qu’il faut attendre, payer une consultation, réaliser des examens et acheter séparément les médicaments, le centre traditionnel paraît parfois plus accessible. Le praticien reçoit rapidement, écoute longtemps et propose immédiatement un produit ou un traitement.

Il offre également quelque chose que la médecine moderne ne donne pas toujours : une explication simple et complète de la souffrance. Là où un médecin parle d’analyses, de tension, d’infection ou de maladie chronique, le praticien peut parler de jalousie, de mauvais œil, de forces spirituelles ou d’un déséquilibre dans la vie familiale. Cette explication correspond davantage à la manière dont certaines personnes comprennent la maladie.

Ces centres répondent donc à plusieurs manques :

le manque de médecins et de médicaments ;

le coût et la difficulté d’accès aux soins ;

le besoin d’être écouté et rassuré ;

le besoin de donner un sens religieux, familial ou social à la maladie ;

l’espoir de guérir lorsque l’hôpital ne propose qu’un traitement long ou annonce une maladie chronique.

Ils attirent particulièrement les personnes souffrant depuis longtemps, celles qui ont consulté plusieurs fois sans amélioration ou celles auxquelles la médecine ne peut pas promettre une guérison rapide.

Une tradition ancienne devenue parfois un commerce

La médecine traditionnelle n’est pas nouvelle aux Comores. L’usage des plantes, des massages, des prières et des connaissances transmises dans les familles fait partie de l’histoire du pays. Une étude scientifique consacrée aux plantes médicinales de l’archipel rappelle même que la médecine traditionnelle constitue souvent le premier réflexe de soin. Étude publiée en 2020

Ce qui semble évoluer, c’est sa transformation en activité commerciale visible : ouverture de « cliniques », installation d’enseignes, publicité, promesses de soigner plusieurs maladies et vente de préparations dont la composition n’est pas toujours connue.

Cependant, aucune statistique nationale ne permet encore d’affirmer avec certitude qu’il existe une véritable « recrudescence ». La fermeture de neuf centres montre que le phénomène est important, mais pas depuis quand ni à quelle vitesse il progresse. L’État devrait donc publier le nombre de structures recensées, leur localisation et leur situation administrative.

Il faut également éviter de mettre tous les praticiens dans le même panier. Un connaisseur local des plantes, un guérisseur spirituel et une personne qui se présente illégalement comme médecin ne représentent pas la même pratique et ne présentent pas nécessairement les mêmes risques.

Le problème commence lorsqu’une personne utilise un titre médical sans qualification, vend un produit sans dosage connu ou promet de guérir des maladies graves sans preuve.

L’Inspection générale de la santé affirme avoir reçu des alertes concernant des patients souffrant de problèmes rénaux après avoir consommé certaines préparations traditionnelles. Mais aucun lien scientifique direct n’a encore été publié entre les produits saisis et ces maladies. Des analyses sont donc indispensables avant de présenter leur dangerosité comme un fait établi. Mayotte Hebdo

Fermer les centres ne suffira pas

Les condamnations envoient un signal : la santé ne peut pas devenir un marché sans règles. Mais si les autorités se contentent de fermer les structures, d’autres apparaîtront probablement, car la demande restera présente.

La réponse doit aller plus loin : améliorer les centres de santé publics, rendre les médicaments disponibles, réduire les délais et permettre aux patients de trouver une écoute et une prise en charge de proximité.

L’État devrait aussi établir une distinction claire entre les savoirs traditionnels pouvant être étudiés et encadrés, et les pratiques dangereuses ou frauduleuses. L’Organisation mondiale de la santé ne demande pas de supprimer toute médecine traditionnelle. Sa stratégie 2025-2034 recommande de l’encadrer, de vérifier scientifiquement les traitements et de n’intégrer que les pratiques dont la sécurité et l’efficacité sont suffisamment établies. OMS

Il faudrait donc publier une liste des praticiens autorisés, créer une procédure d’agrément compréhensible, analyser les produits, interdire les fausses promesses de guérison et obliger les praticiens à orienter rapidement vers un médecin les patients présentant des signes graves.

La véritable leçon de cette affaire est là : les praticiens traditionnels prospèrent parce qu’ils proposent une réponse là où beaucoup de citoyens ressentent un vide. Pour combattre les abus, la justice est nécessaire. Mais pour réduire durablement leur influence, il faut surtout que le système de santé public réponde mieux aux besoins auxquels ces praticiens prétendent répondre.

 

ANTUF Chaharane 

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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