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Il y’a trois ans disparaissait Mwalimu Abdou Bakari Boina

Le 14 mars 2018 disparaissait Abdou Bakari Boina, ancien secrétaire général du Mouvement de Libération Nationale des Comores (MOLINACO). Trois ans après cette disparition, un vibrant hommage est à rendre à l’une des icônes de l’indépendance des Comores. Cet instituteur né d’une famille modeste du nord de l’île de Grande Comore (Ngazidja), dans la région de Mitsamihuli, s’est trouvé propulsé à la tête du premier mouvement de libération nationale qu’il a conduit et dirigé avec doigté, perspicacité et discernement.

Abdou Bakari Boina et ses compagnons de lutte des premières heures à savoir Ali Mohamed Chami, Youssouf Abdoulhalik, Ali Mohamed Saghir, Madame Sakina Ibrahime, Youssouf Ali Alwahti, Ali Sugu, Abdallah Mohamed Ben Ali, Charif Said Hachim, Ismael Mouchtadi, Hadidja Sabili, Said Ahamada Mbaé, Kamal Eddine Said Ali, Salim Youssouf et d’autres éminents militants du Molinaco, sont une des nombreuses petites mains ayant œuvré pour l’accession des Comores à la souveraineté nationale.Tous se sont engagés pour la libération nationale et tous l’ont fait par conviction souvent au péril de leur vie.

En tant que dirigeant de premier plan, il a pris une part active aux processus ayant conduit à l’accession des Comores à l’indépendance. Abdou Bakari Boina a côtoyé régulièrement les principaux dirigeants des partis et mouvements de libération d’Afrique dont la Tanganyika National Unity (TANU), le FRELIMO, l’ANC, le PAC, le MPLA, la ZANU, la ZAPU. Il s’est lié amitié avec des chefs charismatiques dont Agostino Neto d’Angola, Chissano du Mozambique, Amilcal Cabral de Guinée Bissau, Alfred Nzo d’Afrique du Sud, France Albert René des Seychelles.

L’homme ne symbolise pas seulement la lutte pour l’indépendance, acquise en 1975, son combat était aussi contre la pauvreté, l’obscurantisme et certaines coutumes dont le grand mariage et ses excès qu’il considérait inégalitaire et sources d’exagération tant financière que comportementale.

Il est d’ailleurs une des rares personnes de sa génération à ne l’avoir pas fait alors qu’il en avait les moyens. Tous ses enfants ont réussi leur vie et étaient en mesure de lui assurer les financements nécessaires pour couvrir les dépenses afférentes à cette coutume si d’aventure il décidait de se conformer. Mais l’homme avait des principes, il les a respectés jusqu’au bout. Autre grief qu’Abdou Bakari Boina portait à la société comorienne, c’est le manque d’affirmation de son identité africaine.

Abdou Bakari Boina estimait que les Comoriens devraient cesser cette auto-stigmatisation et chercher plutôt à concilier la diversité de leurs origines autant arabes que bantoues pour en faire une richesse et un levier pour son développement.

Dans cette optique, le pays pourrait ainsi mieux se rapprocher de ses voisins immédiats du Mozambique, d’Afrique du Sud, de la Tanzanie et du Kenya, et mieux tirer profit de leurs expériences dans le développement national. Certes, les Comores ont fini par adhérer à la SADC et au COMESA, mais il ne bénéficie pas encore des leviers importants que constituent ces organisations pour tirer son économie vers les sommets de la croissance.

Le pays n’est pas encore arrivé à tirer profit d’une coopération technique privilégiée et du savoir-faire des pays membres de la SADC. Selon toujours Abdou Bakari Boina, les Comores stagnent à l’arrière banc de la Commission de l’Océan Indien. Il n’exporte quasiment rien en direction de l’île Maurice, de l’île de la Réunion, des Seychelles ou de Madagascar. Il estimait que les Comores n’ont jamais su s’inspirer du dynamisme économique des Mauriciens et des Seychellois, ni des talents de leurs opérateurs ayant permis l’épanouissement de leur secteur touristique.

Abdou Bakari Boina considérait que les plus grands défis à surmonter pour amener le pays sur la voie du développement étaient centrés sur une plus grande décentralisation politique et économique, gage de la stabilité, et une politique volontariste d’investissement et d’équipement reposant sur des plans concertés d’aménagement du territoire. Abdou BakariBoina a toujours soutenu que le passage du statut de colonie à l’indépendance n’a pas été suivi par une refonte des institutions héritées de la colonisation et beaucoup des problèmes de l’archipel trouvaient leurs sources dans ce manquement. Nationaliste, il l’a été dans l’action et dans l’organisation concrète de la lutte pour l’indépendance.

Il est temps que le pays écrive l’histoire officielle et accorder la place qui revient à ces hommes et ses femmes combattants. Des journées de souvenir et des lieux publics portant les noms de ces héros doivent être institués. Certes la mémoire collective sait qu’il y a eu des personnes qui se sont battues pour l’accession à l’indépendance mais beaucoup de jeunes ne connaissent pas l’histoire de cette lutte.

Ce devoir de mémoire est indispensable pour l’éveil des consciences et l’engagement véritable des nouvelles générations en faveur du bien être social par un développement maîtrisé.

1) Abdou Bakari Boina alors secretaire Général du MOLINACO
2) Abdou Bakari Boina au Caire (Egypte) en 1972
3) Abdou Bakari Boina et de militants africains en Tanzanie
4) Abdou Bakari Boina et des militants du Molinaco en tournée à Anjouan, 1974
5) Carte d’adhésion au Molinaco
6) Abdou Bakari Boina dans sa maison familiale, 2017
7) Abdou Bakari Boina et Hachime Adérémane lors d’une conférence au select à Moroni, 2017

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