Mahamoud Salim Hafi n’est ni un opposant historique au président Azali Assoumani, ni un homme étranger à la CRC. Bien au contraire.
Ancien ministre de l’Éducation nationale, ancien directeur général de l’ORTC et figure de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), Salim Hafi a longtemps évolué au cœur du pouvoir. En juillet 2024, il avait même été nommé secrétaire général adjoint du gouvernement par décret présidentiel.
Son engagement au sein de la CRC est également bien documenté. En 2023, il participait encore aux activités du parti et à ses échanges avec le Parti communiste chinois. En octobre 2024, il se présentait sous les couleurs de la CRC dans la circonscription de Mutsamudu.
C’est précisément ce parcours qui donne une dimension particulière à ses prises de parole actuelles : les accusations ne viennent pas de l’opposition, mais d’un homme qui connaît le parti et qui a occupé des fonctions importantes au sein du pouvoir.
Une première rupture publique en juillet
En juillet 2026, Salim Hafi avait déjà créé la polémique lors d’un entretien accordé à FCBK FM.
Il s’en était pris à la nouvelle direction de la CRC et à ceux qu’il présentait comme des « arrivistes ». Mais surtout, il avait affirmé que 14 ministres sur les 15 membres du gouvernement auraient fait part au président Azali Assoumani de leurs difficultés concernant le fonctionnement du Secrétariat général du gouvernement, dirigé par Nour El Fath Azali, fils du chef de l’État.
Cette affirmation avait provoqué une réaction officielle. Le gouvernement avait catégoriquement démenti l’existence d’une telle démarche collective et demandé à Salim Hafi d’apporter les preuves de ses déclarations.
Quelques mois plus tard, l’ancien ministre revient sur le devant de la scène.
Mais cette fois, il ne parle plus seulement de conflits internes ou de blocages au sommet de l’État.
Il parle d’argent.
« D’où vient cet argent ? »
Dans un nouvel entretien accordé au journaliste Oubeidillah Mchangama, Salim Hafi affirme disposer d’un relevé bancaire d’un compte de la CRC ouvert à Exim Bank.
Au cours de l’entretien, il présente au journaliste ce qu’il décrit comme ce relevé et s’appuie sur les opérations qui y figureraient pour soulever deux questions particulièrement sensibles.
La première concerne une importante entrée d’argent sur le compte du parti.
Salim Hafi demande publiquement d’où proviendrait cette somme et réclame des explications sur son origine.
Mais sa deuxième affirmation est potentiellement encore plus grave.
Selon lui, le même relevé montrerait que de l’argent provenant de ce compte de la CRC aurait ensuite été transféré vers plusieurs comptes personnels appartenant à des personnes liées au parti.
À ce stade, ces éléments constituent des accusations formulées publiquement par Mahamoud Salim Hafi. Le relevé bancaire présenté dans l’interview et l’origine des fonds devront être authentifiés et expliqués avant de pouvoir établir la nature exacte des opérations.
Mais l’affaire pose désormais des questions très concrètes :
Quelle est l’origine de l’importante somme versée sur le compte de la CRC ? À qui appartiennent les comptes personnels qui auraient reçu des virements ? Pour quels motifs ces transferts auraient-ils été effectués ? Et existe-t-il des justificatifs permettant d’expliquer ces mouvements d’argent ?
Après avoir mis en cause le fonctionnement interne du pouvoir il y a quelques semaines, Salim Hafi ouvre donc un nouveau front au sein même de son propre camp : celui des finances de la CRC.Il y a surtout un angle journalistique très fort ici : ne pas écrire immédiatement « grand scandale de corruption » comme un fait établi. Le plus solide est de partir du relevé bancaire et des mouvements précis : une grosse somme entre → Hafi demande d’où elle vient → des virements partiraient ensuite vers des comptes personnels. C’est beaucoup plus parlant pour le public, et cela permet ensuite de demander des explications à la CRC et aux personnes concernées.
ANTUF chaharane


Réagissez à cet article