Quarante-huit ans après son assassinat, la mémoire d’Ahmed Abdallah Ali Soilihi reste profondément ancrée dans la conscience collective comorienne. Comme chaque année, les cérémonies de commémoration organisées à Shuani, son village natal, puis à Ntsudjini, ont réuni de nombreux citoyens venus rendre hommage à celui que beaucoup considèrent encore comme le père de la révolution comorienne.
À Shuani, où repose le Mongozi, la cérémonie du 29 mai s’est déroulée dans un climat de recueillement et de prière. Anciens compagnons de route, responsables politiques, élus locaux et simples citoyens se sont retrouvés pour évoquer l’héritage laissé par l’ancien chef de l’État, renversé puis assassiné en 1978 par des mercenaires dirigés par Bob Denard.
Les différents intervenants ont insisté sur une dimension souvent méconnue d’Ali Soilihi : sa foi religieuse. Le doyen de la faculté Imamou Chafioun, Dr Toihir Ibrahim Mmoisi, a rappelé que les œuvres laissées par le Mongozi continuent de témoigner de son passage. Il a notamment cité les infrastructures construites sous sa présidence, les mudirias devenues aujourd’hui des collèges, ainsi que les routes réalisées durant son mandat.
Plusieurs orateurs ont également défendu l’idée que le combat politique d’Ali Soilihi trouvait ses racines dans des principes inspirés de l’islam. Son ancien collaborateur, Foundi Mohamed Mzé, a notamment raconté comment il avait découvert, lors de sa première rencontre avec lui, un Coran posé à côté de l’ouvrage « Le Capital » de Karl Marx. Selon lui, si certaines orientations économiques du régime pouvaient s’inspirer du marxisme, l’action quotidienne du président restait profondément guidée par des valeurs religieuses.
Au-delà du souvenir du dirigeant, les cérémonies de Shuani et de Ntsudjini ont surtout été l’occasion de rappeler les idéaux qu’il portait : la lutte contre l’ignorance, la promotion de l’éducation, la décentralisation, le développement agricole et l’autonomie économique du pays.
Si Shuani demeure le lieu symbolique où repose le Mongozi, Ntsudjini s’impose également comme un espace important de transmission de son héritage politique et intellectuel. Chaque année, ces deux localités deviennent ainsi les points de convergence des militants, sympathisants et citoyens qui refusent de voir disparaître la mémoire d’un homme qui continue, près d’un demi-siècle après sa mort, à nourrir les débats sur l’avenir des Comores.
Quarante-huit ans après sa disparition, Ali Soilihi continue ainsi de diviser, d’inspirer ou de faire réfléchir. Mais une chose demeure incontestable : de Shuani à Ntsudjini, son nom reste l’un des plus marquants de l’histoire politique comorienne contemporaine.
ANTUF Chaharane


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