RÉPONSE À l’autoproclamé avocat de Maître Ibrahim Ali Mzimba, un certain individu nommé Moudjahid. Une robe d’avocat ne confère ni le monopole de la dignité, ni celui du patriotisme, ni de l’intelligence. Elle devrait, en revanche, imposer une certaine rigueur juridique. Or, derrière les grands mots employés contre Comoresinfos et Missubah se cachent plusieurs contre-vérités, une déformation volontaire de notre position et surtout une incapacité manifeste à répondre à la contradiction politique soulevée.
« Misère de l’esprit », « soumission », « texte minable », « puanteur », « complexe d’infériorité » : lorsque les arguments manquent, les insultes prennent toute la place. Mais une accumulation de mépris ne constitue pas une démonstration. Et se placer moralement au-dessus de ceux qui ne partagent pas son opinion ne fait pas de quelqu’un un meilleur patriote.
Avant de donner des leçons de dignité, il faudrait commencer par respecter le débat contradictoire.
Comoresinfos n’a jamais demandé de punir une opinion.
Contrairement à ce que prétend l’autoproclamé avocat de Mzimba, Moudjahidi, notre article n’a jamais affirmé qu’Ibrahim Ali Mzimba devait être automatiquement privé de voyage parce qu’il critique la France.
Nous avons relevé une contradiction politique évidente : un ancien ministre des Affaires étrangères, devenu président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, demande publiquement à la France de « plier bagage », réclame la rupture des relations diplomatiques entre Moroni et Paris, puis sollicite auprès de cette même France l’autorisation d’entrer sur son territoire.
Chacun est libre de considérer cette situation comme cohérente. Nous sommes tout aussi libres de la considérer comme contradictoire.
Ce n’est ni de la soumission ni un complexe d’infériorité. C’est l’exercice de notre liberté éditoriale. Défendre la souveraineté comorienne ne signifie pas renoncer à tout esprit critique dès qu’un responsable politique prononce quelques slogans contre la France.
Maître Ibrahim Mzimba a le droit de demander la rupture diplomatique. L’ambassade de France a également le droit de statuer sur sa demande de visa. Et Comoresinfos a le droit de commenter cette décision sans recevoir de brevet de patriotisme d’un avocat autoproclamé pseudo gardien de la dignité nationale.
Non, la liberté de circulation ne donne pas le droit d’entrer en France
Le principal argument juridique avancé Moudjahidi est tout simplement faux.
La liberté de circulation est bien un droit humain. Mais elle ne signifie pas que toute personne possède un droit absolu d’entrer dans n’importe quel pays étranger.
L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme protège le droit de circuler à l’intérieur d’un État, de quitter tout pays et de revenir dans son propre pays. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques protège lui aussi le droit de quitter un pays et celui de rentrer dans son propre pays. Aucun de ces textes ne garantit à un ressortissant comorien un droit automatique d’entrer en France.
Ibrahim Mzimba ne peut donc pas être arbitrairement empêché de rentrer aux Comores. En revanche, son entrée en France reste soumise aux règles françaises et européennes relatives aux visas.
Un avocat devrait connaître la différence entre le droit de quitter son pays et le droit d’entrer sur le territoire d’un autre État.
Transformer cette réalité juridique en « récompense pour bonne conduite coloniale » est une formule spectaculaire, mais juridiquement vide. Le droit ne change pas parce que l’on ajoute les mots « colonialisme », « dignité » et « souveraineté » dans chaque paragraphe.
Payer une demande ne signifie pas acheter un visa
Moudjahidi affirme ensuite que les Comoriens paient leur visa et ne quémandent donc aucune faveur.
Là encore, les faits sont têtus.
Le portail officiel France-Visas consacré aux Comores précise expressément que les sommes versées ne correspondent pas à l’achat du visa, mais au coût de l’instruction du dossier. Il indique également qu’aucun remboursement n’est effectué en cas de refus.
Le demandeur paie donc pour que son dossier soit examiné. Il n’achète pas une décision favorable.
Payer des frais de dossier ne transforme pas une demande en droit acquis. Pas davantage que réserver un hôtel, prendre un taxi ou acheter un forfait Navigo ne crée une créance sur la souveraineté française.
L’argument économique selon lequel les voyageurs comoriens « injectent leur argent » en France est particulièrement fragile. Un client potentiel ne devient pas propriétaire de la frontière du pays dans lequel il souhaite consommer. Des millions de personnes dépensent de l’argent à l’étranger sans disposer pour autant d’un droit absolu d’y entrer.
Le visa n’est pas une marchandise achetée au guichet. C’est une autorisation administrative délivrée après examen d’une demande.
La souveraineté fonctionne dans les deux sens
Moudjahidi invoque abondamment la souveraineté comorienne. Il a raison de la défendre. Mais la souveraineté ne peut pas être utilisée uniquement lorsqu’elle arrange son raisonnement.
Les Comores sont souveraines pour décider des conditions d’entrée, de séjour et de travail des ressortissants français présents sur leur territoire. Si les autorités comoriennes estiment qu’un ressortissant étranger ne respecte pas les lois nationales, elles disposent du pouvoir de prendre les mesures prévues par le droit comorien.
La France possède exactement la même compétence sur son territoire.
On ne peut pas affirmer que Moroni doit exercer pleinement sa souveraineté tout en reprochant à Paris d’exercer la sienne. La réciprocité ne consiste pas à exiger que la France ouvre automatiquement ses frontières parce que des Français vivent aux Comores.
Quant au statut de député, il ne transforme pas son détenteur en citoyen situé au-dessus des procédures consulaires. Représenter la nation est un honneur et une responsabilité, pas un passe-droit international.
Critiquer la France ne rend pas toutes les positions intelligentes
Comoresinfos n’a jamais renoncé à défendre l’appartenance de Mayotte à l’union des Comores. Nous avons toujours dénoncé les conséquences humaines du visa Balladur, les morts dans le bras de mer séparant Anjouan de Mayotte et les humiliations subies par de nombreux Comoriens.
Mais défendre Mayotte ne nous oblige pas à applaudir chaque déclaration dirigée contre la France.
« La France doit plier bagage » est un slogan. « Il faut rompre les relations diplomatiques » est une proposition politique lourde de conséquences. Celui qui la formule doit expliquer comment les Comores continueraient à négocier la suppression du visa Balladur après avoir rompu le dialogue avec le pays qui l’impose.
Comment traiter les évacuations sanitaires, les déplacements familiaux, les étudiants, les accords de coopération ou les liaisons entre les îles après une rupture diplomatique ?
Moudjahidi ne répond à aucune de ces questions. Il préfère distribuer les étiquettes : ceux qui partagent sa colère seraient dignes et patriotes ; ceux qui demandent de la cohérence seraient soumis.
C’est une manière paresseuse de confisquer le débat national. Et c’est sa manière de raisonner.
La dignité n’est pas la propriété d’un camp
Moudjahidi annonce fièrement qu’il accepterait de ne plus jamais obtenir de visa français. C’est son choix et il doit être respecté.
Mais sa décision personnelle ne lui donne aucune supériorité morale sur les autres Comoriens. Beaucoup ont une famille, des enfants, des obligations professionnelles ou des besoins médicaux en France. Leur réalité ne peut pas être réduite à un concours de virilité politique sur Facebook.
La dignité ne consiste pas à crier plus fort que les autres. Elle consiste également à respecter ceux qui pensent différemment, à ne pas falsifier leurs propos et à ne pas transformer chaque désaccord en procès pour trahison comme il a l’habitude de le faire.
Notre indépendance ne se négocie pas non plus
Comoresinfos ne recevra de leçon de patriotisme ni de Moudjahidi ni de quiconque.
Nous continuerons à dénoncer les injustices commises contre les Comores, y compris lorsqu’elles viennent de la France. Mais nous continuerons également à critiquer nos propres responsables lorsqu’ils versent dans la facilité, l’incohérence ou la surenchère nationaliste.
Moudjahidi peut juger notre texte « minable » ou « puant ». Ces insultes renseignent davantage sur sa personne et sur sa manière de débattre que sur la qualité de notre argumentation.
Une robe d’avocat ne transforme pas une erreur juridique en vérité universelle. Un discours enflammé ne transforme pas un visa en droit fondamental. Et traiter un journaliste de soumis ne répond toujours pas à la question centrale :
Comment peut-on demander à un pays de plier bagage, réclamer la rupture de toutes les relations avec lui, puis dénoncer comme une humiliation le fait que ce même pays refuse d’ouvrir sa porte ?
La dignité nationale mérite mieux que des insultes. Elle mérite de la cohérence, de la rigueur et du courage intellectuel.
Après tant de grands mots sur la dignité, la soumission et la prétendue « laisse consulaire », terminons avec un peu de légèreté. Il faut reconnaître à Moudjahidi un talent incontestable : sur TikTok, ses pas de danse sont parfois mieux maîtrisés que son raisonnement juridique sur les visas.
Qu’il danse, qu’il écrive ou qu’il se mette en scène ne pose évidemment aucun problème. Mais lorsqu’il revêt le costume du grand avocat panafricain venu distribuer des certificats de patriotisme, la chorégraphie devient moins convaincante. Derrière les déclarations enflammées contre la France apparaît une réalité beaucoup plus ordinaire : lui aussi demande des visas français pour travailler, voyager ou rendre visite à sa famille.
Porter une robe ne confère ni l’infaillibilité, ni l’intelligence universelle, ni le monopole du patriotisme.
Finalement, derrière le ton supérieur, les insultes et les grandes envolées panafricaines, il reste une contradiction très simple : Moudjahidi méprise publiquement le visa français, mais tient manifestement beaucoup à la possibilité de l’obtenir.
Qu’il continue donc à danser sur TikTok : au moins, dans ce domaine, personne ne lui demandera de produire un raisonnement juridique cohérent.
Missubah Saïd.


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