Madagascar amorce un tournant majeur dans sa politique de défense. Le nouveau régime issu de la Refondation de la République affiche désormais une volonté claire de rompre avec sa dépendance stratégique et d’entrer dans une logique d’autonomie militaire. L’annonce, faite hier à Ivato par le président Michaël Randrianirina à son retour d’Abu Dhabi, marque un signal fort, un accord aurait été signé avec une société chinoise pour la création d’une usine nationale d’armement sur le sol malgache.
« Nous avons signé un accord pour un projet de création d’une usine d’armement dans le pays », a déclaré le chef de l’État, sans toutefois préciser la nature exacte du partenariat ni l’identité de l’entreprise chinoise concernée. Aucun détail n’a été communiqué sur la capacité réelle de production envisagée, s’agira-t-il d’une simple unité d’assemblage ou d’une véritable chaîne industrielle complète ? Le flou entretenu par l’Exécutif nourrit déjà de nombreuses interrogations.
Pour les observateurs de la région, cette orientation marque un changement profond dans la doctrine sécuritaire malgache. Jusqu’ici, Antananarivo s’appuyait essentiellement sur ses partenaires traditionnels, notamment la France, pour l’équipement et la formation de ses forces armées, malgré l’existence de l’usine de Moramanga. Désormais, Madagascar affiche ouvertement sa volonté de diversifier ses alliances, en s’ouvrant à la Chine et à la Russie. Récemment encore, des instructeurs russes ont été déployés pour former les forces armées malgaches à l’utilisation de nouveaux armements.
Mais cette stratégie suscite de vives inquiétudes, y compris à Madagascar même. De nombreux citoyens malgaches critiquent ce projet, estimant qu’il pourrait fragiliser davantage un pays déjà miné par la corruption, régulièrement classé parmi les plus corrompus au monde. Ils redoutent une prolifération incontrôlée des armes, dans un contexte institutionnel jugé fragile.
Aux Comores, pays voisin directement concerné par la stabilité de l’océan Indien, cette évolution est suivie avec attention. Beaucoup s’inquiètent des conséquences régionales d’une telle initiative. Une production locale d’armes, sans garanties solides de contrôle et de transparence, pourrait accentuer l’insécurité dans toute la zone et alimenter des circuits parallèles de trafic.
Sous couvert de souveraineté stratégique, Madagascar s’engage ainsi sur un terrain hautement sensible. Un pari géopolitique risqué, dont les répercussions pourraient dépasser largement ses frontières.
IBM


Réagissez à cet article