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Tourisme aux Comores : Soulé transforme les sentiers du pays en véritable activité économique

Tourisme aux Comores : Soulé transforme les sentiers du pays en véritable activité économique

Et si l’une des richesses les plus sous-exploitées des Comores se trouvait simplement sous nos yeux ?

Volcan, plages, villages, plantations, fonds marins, patrimoine historique… Le pays possède de nombreux atouts touristiques mais peine encore à les transformer en véritable activité économique. Le parcours de Soulaimani Abdallah Ben Maliki, surnommé Soulé, montre pourtant qu’un autre modèle commence à émerger.

À travers son agence ComTour, installée à Moroni, le jeune entrepreneur a progressivement transformé sa passion pour l’aventure et la découverte des îles en activité professionnelle. Une expérience racontée ce 25 septembre par La Gazette des Comores.

Au départ, il ne s’agissait même pas véritablement d’un projet d’entreprise. Soulé partait régulièrement découvrir des endroits avec ses amis. Puis l’idée s’est professionnalisée.

Cinq ans plus tard, ComTour affirme disposer de plus de 80 itinéraires tracés, testés et balisés à travers l’archipel : randonnées sur les reliefs de Ngazidja, découverte des plantations d’ylang-ylang à Anjouan ou encore excursions autour des espaces naturels de Mohéli.

Mais derrière l’histoire individuelle de Soulé apparaît une question économique beaucoup plus importante : pourquoi un pays disposant d’autant d’atouts naturels attire-t-il encore relativement peu de touristes ?

Un potentiel énorme encore largement sous-exploité

La Banque mondiale dresse depuis plusieurs années le même constat.

Les Comores possèdent des atouts touristiques comparables à ceux d’autres destinations de l’océan Indien : récifs coralliens, plages, biodiversité exceptionnelle, baleines, dauphins, tortues, volcan actif du Karthala et réserve de biosphère de Mohéli.

Avant la pandémie, le secteur commençait d’ailleurs à progresser rapidement : entre 2015 et 2019, les arrivées internationales avaient augmenté en moyenne de 15,1 % par an.

Mais le tourisme comorien reste encore très dépendant de la diaspora et des personnes venant rendre visite à leur famille. Selon les données reprises par la Banque mondiale, la diaspora représentait plus de la moitié des touristes aux Comores. Ce modèle génère de l’activité économique, mais il ne suffit pas à développer une industrie touristique comparable à celles de certains voisins de l’océan Indien.

C’est précisément là que l’expérience de Soulé devient intéressante.

Au lieu d’attendre la construction de gigantesques complexes touristiques, son modèle consiste à transformer ce qui existe déjà en expérience : marcher jusqu’à un site naturel, raconter son histoire, expliquer les coutumes, organiser le transport, sécuriser l’excursion et proposer un parcours adapté au visiteur.

Autrement dit, le paysage existe déjà. La valeur économique apparaît lorsqu’on organise l’expérience autour de lui.

Soulé explique d’ailleurs avoir observé notamment la Tanzanie et Madagascar pour améliorer son organisation, la ponctualité, la sécurité et les prestations sur mesure. Son agence a même représenté les Comores au Salon international du tourisme de Madagascar en juin dernier.

Le véritable défi : passer des initiatives individuelles à une industrie

Soulé n’est cependant pas une politique touristique à lui seul.

Pour que des dizaines, puis des centaines d’entrepreneurs puissent vivre de ce secteur, il faut aussi pouvoir transporter facilement les visiteurs, disposer d’hébergements adaptés, rendre les sites accessibles, former les guides, assurer la sécurité et surtout rendre la destination visible à l’étranger.

La Banque mondiale considère justement l’amélioration des transports, des capacités d’hébergement et de l’expérience proposée aux visiteurs comme essentielle au développement du tourisme comorien.

Quelques initiatives apparaissent. Le programme COMET 2.0, par exemple, prévoit d’accompagner dix structures écotouristiques existantes et de former trente jeunes aux activités liées notamment à la randonnée, au tourisme marin et au patrimoine culturel.

L’enjeu économique est loin d’être anecdotique. En 2025, la Banque mondiale estimait que le tourisme marin pourrait contribuer à multiplier par quatre les arrivées de visiteurs d’ici 2030 si les investissements et les réformes nécessaires sont réalisés. À plus long terme, le tourisme pourrait contribuer à plus de 6 % du PIB.

L’histoire de Soulé pose donc finalement une question beaucoup plus grande que celle de son agence.

Combien de Soulé pourraient vivre du tourisme aux Comores si le pays réussissait réellement à transformer ses plages, ses montagnes, son patrimoine et sa culture en une véritable industrie ?

Car les Comores n’ont peut-être pas besoin d’inventer leurs attractions touristiques.

Elles sont déjà là.

Reste à savoir comment les transformer en emplois, en entreprises et en revenus pour les populations.

ANTUF Chaharane

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