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Peste des petits ruminants : plus de 100 chèvres et moutons morts, aux Comores, des millions perdus…

 

Les Comores s’apprêtent à mobiliser près de deux milliards de francs comoriens pour lutter contre la peste des petits ruminants, une maladie virale qui frappe principalement les chèvres et les moutons. Derrière cette somme importante se cache déjà une réalité économique douloureuse pour les familles : à Koua, 102 animaux sont morts en seulement deux mois et 67 éleveurs ont été touchés.

Entre octobre et novembre 2025, la maladie aurait provoqué la mort de 102 animaux à Koua, avec un taux de létalité estimé à 22,6 %. Quelques semaines plus tard, en janvier 2026, 12 élevages sur les 16 étudiés à Ntsaoueni auraient également été atteints. Ces chiffres montrent que le problème dépasse désormais quelques cas isolés.

Pour les éleveurs, la disparition d’une chèvre ou d’un mouton constitue une perte économique directe. Un animal représente souvent une épargne que la famille peut vendre pour financer la scolarité des enfants, payer des soins médicaux, organiser une cérémonie ou affronter une urgence.

D’après les prix indicatifs disponibles en 2026, une chèvre vivante peut être valorisée entre environ 2 700 et 3 150 KMF par kilogramme aux Comores. Si l’on retient, simplement pour obtenir un ordre de grandeur, des animaux pesant entre 20 et 30 kilogrammes, la valeur d’une bête pourrait se situer entre 54 000 et 94 500 KMF.

Sur cette base, les 102 animaux morts à Koua représenteraient une perte directe comprise entre environ 5,5 et 9,6 millions de KMF. Autrement dit, les éleveurs de cette seule localité pourraient avoir perdu jusqu’à près de 10 millions de francs comoriens en deux mois.

Rapportée aux 67 éleveurs concernés, cette estimation représente une perte moyenne comprise entre 82 000 et 143 000 KMF par personne. Il ne s’agit toutefois que d’une estimation, car le poids, l’âge et la valeur exacte de chaque animal ne sont pas connus. La perte réelle pourrait être encore plus élevée si l’on ajoute les futurs petits que ces animaux auraient pu produire, le lait, le fumier utilisé dans les cultures, les frais de traitement et les revenus espérés de leur vente.

Face à cette menace, un Plan stratégique national de contrôle et d’éradication de la peste des petits ruminants vient de franchir l’étape de la validation technique. Son coût est évalué à 1,948 milliard de KMF sur cinq ans, soit environ 390 millions de KMF par année.

Cette somme ne doit pas être comparée uniquement aux pertes enregistrées à Koua. Les quelque 10 millions de KMF estimés concernent 102 animaux morts dans une seule localité, tandis que les 1,948 milliard doivent financer une riposte nationale pendant cinq ans. L’argent devrait notamment servir à vacciner les animaux, renforcer la surveillance, effectuer des analyses, former et déplacer les équipes vétérinaires, sensibiliser les éleveurs et améliorer le contrôle sanitaire des animaux importés.

La peste des petits ruminants serait présente aux Comores depuis novembre 2012. Elle aurait été introduite à Ngazidja par des caprins importés. Pourtant, une seule campagne de vaccination aurait été organisée en 2014. Douze ans plus tard, une grande partie du cheptel comorien n’aurait donc jamais été protégée par un vaccin.

La maladie est très contagieuse. Elle peut provoquer de la fièvre, des écoulements au niveau des yeux et du nez, des lésions dans la bouche, des diarrhées, des pneumonies et la mort des animaux. Elle ne se transmet pas à l’être humain, mais ses conséquences économiques peuvent être lourdes pour les familles rurales et pour l’ensemble du pays.

Lorsque les animaux meurent, la production locale diminue. Les familles perdent une partie de leurs revenus et le pays risque de dépendre davantage des importations de viande. À terme, cela peut aussi exercer une pression sur les prix payés par les consommateurs.

Les autorités présentent donc les 1,948 milliard de KMF comme le coût nécessaire pour combattre la maladie et protéger durablement l’élevage national. Mais la validation du plan ne signifie pas encore que tout cet argent est effectivement disponible, ni que la campagne de vaccination a commencé.

Le gouvernement devra maintenant expliquer d’où viendra le financement, combien de doses seront achetées, combien d’animaux seront vaccinés, quelles localités seront prioritaires et comment les résultats seront contrôlés. Les éleveurs doivent également savoir à quelle date les équipes vétérinaires arriveront dans leurs villages.

Près de deux milliards de KMF représentent beaucoup d’argent. Mais laisser la maladie se propager pourrait également coûter des centaines de millions aux familles et à l’économie nationale. La véritable question est donc la suivante : cet argent sera-t-il réellement utilisé pour vacciner les animaux et protéger les éleveurs, ou ce plan restera-t-il encore une annonce sans résultats visibles ?

Said Hassan Oumouri

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