Alors que la communauté internationale s’interroge sur l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, la réaction prudente d’Emmanuel Macron, qui s’est contenté de « déplorer la méthode » sans la condamner, a surpris plus d’un observateur. Une posture d’autant plus contestable que la France, en matière de violation du droit international et d’ingérence politique, traîne derrière elle un lourd passif, notamment aux Comores.
Trente ans avant Donald Trump, Paris s’était déjà rendu coupable d’un acte comparable. En septembre 1995, le président comorien Saïd Mohamed Djohar, élu démocratiquement en 1990, est renversé lors d’un coup d’État mené par le mercenaire français Bob Denard. Ce dernier pensait bénéficier du soutien de la France, mais il fut en réalité instrumentalisé dans les guerres internes qui opposaient alors les réseaux de Charles Pasqua à ceux du président Jacques Chirac.
Denard et ses hommes auront le sentiment d’avoir servi de simples pions. Une impression partagée par certains militaires comoriens engagés à leurs côtés, convaincus d’avoir été sacrifiés dans un jeu politique qui les dépassait.
Dans cette affaire, la France est la grande gagnante. Sans apparaître en première ligne, et en endossant même le rôle du « sauveur », elle parvient à écarter un président devenu trop encombrant. Djohar irritait Paris par ses critiques contre le visa imposé entre Mayotte et le reste de l’archipel, mais aussi par son rapprochement avec l’Iran et la Libye.
Après la reddition de Denard, le président comorien est emmené de force à l’ambassade de France, puis exilé à La Réunion contre sa volonté, sous prétexte de raisons médicales. Il ne retrouvera Moroni qu’en janvier 1996, après que son éviction politique a été actée et qu’une nouvelle élection, remportée par le candidat de Paris, a été organisée sans lui.
À cela s’ajoute une autre violation majeure du droit international, l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte par la France, en dépit des résolutions des Nations unies reconnaissant l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores.
IBM


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