La Russie poursuit son redéploiement stratégique sur le continent africain. L’ouverture annoncée d’une ambassade russe aux Comores s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un positionnement géopolitique assumé visant à remettre en cause les héritages de l’ordre colonial encore présents dans le système international.
Au-delà du simple renforcement des relations bilatérales, Moscou cherche désormais à fédérer des alliés autour d’une offensive diplomatique d’ampleur. Le ministre russe des Affaires étrangères a ainsi exprimé la volonté de lancer une « importante campagne » au sein des Nations unies afin de, selon ses termes, « nettoyer les dernières traces de l’ère coloniale ». Cette initiative serait portée par le Groupe des amis pour la défense de la Charte de l’ONU, une organisation créée en 2021 qui rassemble aujourd’hui 18 États, dont la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie, le Venezuela et la Russie.
Pour ces pays, il s’agit de défendre une interprétation rigoureuse de la Charte des Nations unies et de dénoncer certaines situations territoriales considérées comme des survivances coloniales. L’Afrique, et en particulier les États issus des processus de décolonisation, occupe une place centrale dans cette vision.
Dans ce contexte, le cas de Mayotte demeure emblématique. Il illustre la confrontation entre deux principes majeurs du droit international : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, souvent invoqué pour justifier le maintien du statu quo, et le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, fondement juridique de la décolonisation reconnue par l’ONU.
En renforçant sa présence diplomatique aux Comores et en investissant les enceintes multilatérales, la Russie cherche ainsi à peser sur les débats globaux liés à la souveraineté, à la décolonisation et à la recomposition de l’ordre mondial. Une stratégie qui pourrait, à terme, rebattre les cartes dans plusieurs régions sensibles, notamment dans l’océan Indien.
Said Hassan Oumouri


Réagissez à cet article