Il y a encore peu de temps, les Comores rêvaient de Coupe du monde et semblaient avoir trouvé une génération capable de regarder les grandes nations africaines dans les yeux. Aujourd’hui, à l’entame des éliminatoires de la CAN 2027, le climat est bien différent.
Une lourde défaite 3-1 contre le Cameroun, un nouveau sélectionneur, plusieurs cadres absents et surtout une déclaration d’Hubert Velud qui relance les interrogations sur la gestion de l’équipe nationale.
Le problème ne se résume donc peut-être plus aux résultats sur le terrain.
« C’était la politique de la Fédération »
Arrivé cette année à la tête des Cœlacanthes, Hubert Velud a engagé un renouvellement important de l’effectif.
Pour le rassemblement de septembre, plusieurs joueurs étaient indisponibles sur blessure, notamment Rafiki Saïd, Myziane Maolida, Ismaël Boura et Raimane Daou. Mais deux absences ont particulièrement fait parler : celles de Youssouf M’Changama et de Faïz Selemani. Elles ne sont pas présentées comme des forfaits médicaux.
Et Hubert Velud a livré une explication particulièrement importante sur l’origine de cette nouvelle orientation :
« On m’a demandé de mettre en place une nouvelle génération. C’était voulu, c’était la politique de la fédération. Soit j’acceptais, soit non. J’ai accepté le challenge. »
Cette déclaration change forcément la lecture de la situation.
Car le sélectionneur ne présente pas simplement le rajeunissement comme son choix personnel. Il explique qu’une orientation lui a été demandée par la Fédération comorienne de football.
Rajeunir une sélection est parfaitement normal. Toutes les équipes doivent préparer l’avenir. Mais une autre question se pose : fallait-il renouveler l’équipe en se passant immédiatement de joueurs expérimentés comme M’Changama et Selemani, alors que débutent les éliminatoires d’une CAN ?
D’autant que l’histoire récente des Cœlacanthes montre que l’association entre jeunes joueurs et anciens avait fonctionné. Sous Stefano Cusin, plusieurs nouveaux profils avaient été intégrés, tandis que des joueurs expérimentés conservaient une place importante dans le groupe. En mars 2025, Cusin expliquait d’ailleurs avoir eu besoin de l’expérience des anciens parallèlement à l’émergence de nouveaux joueurs.
Puis arrive le 3-1 contre le Cameroun
Le premier grand test de cette nouvelle orientation n’a pas rassuré.Le 24 septembre à Garoua, pour la première journée des éliminatoires de la CAN 2027, les Comores ont perdu 3-1 contre le Cameroun. Une défaite contre les Lions indomptables n’a évidemment rien de honteux en soi. Le Cameroun reste une grande nation du football africain.
Mais le résultat prend une autre dimension lorsqu’il est replacé dans le contexte actuel : une équipe en reconstruction, des cadres mis à l’écart et une qualification pour la CAN 2027 qu’il faut aller chercher immédiatement.
Les Comores n’ont pas plusieurs années devant elles pour expérimenter tranquillement. Les éliminatoires ont déjà commencé.
Et le calendrier ne laisse pratiquement aucun répit : après le Cameroun, les Cœlacanthes doivent affronter la Namibie le 29 septembre, puis le Congo lors des deux journées suivantes.
Et maintenant, Faïz Selemani
Dans une interview récente qui circule, Faïz Selemani a également été interrogé sur les chances des Comores de participer à la prochaine CAN. Sa réponse traduit surtout sa situation actuelle vis-à-vis de la sélection : il explique en substance qu’il lui est difficile de se prononcer puisqu’il n’est désormais « plus dans les papiers ».
Une petite phrase qui prend forcément une autre dimension après les déclarations d’Hubert Velud.
Selemani faisait encore partie récemment des hommes importants des Cœlacanthes. En 2025, il parlait publiquement d’un groupe uni, décrivant les joueurs comme « des frères » et expliquant que cette solidarité constituait historiquement la force des Comores.
Un an plus tard, il se retrouve en dehors du nouveau projet.
Youssouf M’Changama, autre figure historique de cette sélection, est lui aussi écarté de cette nouvelle dynamique.
Le débat ne consiste donc pas à dire que les anciens doivent jouer éternellement. Aucun joueur n’est intouchable et une sélection doit nécessairement préparer la génération suivante.
La vraie question est celle de la méthode.
Pourquoi la Fédération a-t-elle demandé la mise en place d’une « nouvelle génération » ? Sur quels critères ? S’agit-il uniquement d’une transition sportive ? Pourquoi ne pas conserver certains cadres pour accompagner progressivement les nouveaux ?
Et surtout : jusqu’où la Fédération intervient-elle dans la construction sportive de l’équipe ?
C’est probablement cette dernière question qui mérite aujourd’hui une réponse claire.
Car Hubert Velud lui-même a publiquement présenté cette orientation comme une politique voulue par la Fédération.
Le renouvellement peut parfaitement réussir. Les jeunes appelés aujourd’hui peuvent devenir les cadres des Cœlacanthes de demain. Mais les résultats finiront nécessairement par juger cette stratégie.Pour l’instant, le premier rendez-vous des éliminatoires s’est terminé par un Cameroun 3, Comores 1. Alors, simple changement de génération nécessaire ou rupture trop brutale avec les cadres qui ont construit les dernières années des Cœlacanthes ?
ANTUF Chaharane
::



Réagissez à cet article