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Comores : depuis 2021, les arrestations de Désiré posent la question de l’acharnement

 

Arrêté, libéré, puis arrêté de nouveau. Depuis 2021, le nom de Désiré revient dans l’actualité comorienne accompagné des mêmes mots : interpellation, détention, prison. À force, certains pourraient presque trouver cela ordinaire. C’est précisément ce qui devrait nous inquiéter. La répétition d’une privation de liberté ne doit jamais nous dispenser de demander pourquoi.

Désiré est présenté comme un mécanicien indépendant, un militant de la société civile, un citoyen qui critique le pouvoir d’Azali Assoumani. Son engagement se manifeste dans les médias, sur les réseaux sociaux et sur le terrain. Que redoute-t-on au juste dans la parole de cet homme pour que ses démêlés avec les autorités prennent une telle place dans sa vie ?

En 2021, sa détention dans l’affaire Mabedja provoquait déjà les protestations de ses avocats, avant sa libération sous contrôle judiciaire en octobre. Deux ans plus tard, de nouvelles alertes étaient lancées sur son emprisonnement à Moroni. Ses proches s’inquiétaient de sa santé et de son accès aux soins. Déjà, il fallait rappeler qu’un homme détenu reste un homme, avec sa dignité et ses droits.

En juin 2024, Masiwa évoquait un quatrième emprisonnement et recueillait les dénonciations de son ancien avocat, Me Gérard Youssouf, sur le respect des procédures. À ce stade déjà, la répétition des détentions appelait des explications.

Le 16 octobre 2025, Comores Infos annonçait une nouvelle arrestation de Laurent Désiré à Moroni, avec Ahmed Hachim, à la veille d’une manifestation du mouvement Rilemewa. Les revendications portaient sur la vie chère, les coupures d’eau et d’électricité, le chômage et les restrictions de la liberté d’expression. Une nouvelle mobilisation citoyenne, une nouvelle annonce d’arrestation.

En 2026, un autre signalement est venu prolonger cette succession d’alertes. Dans une publication appelant à sa libération, la page Chaîne libre des Comores affirmait que Désiré avait été arrêté à Mitsamiouli le 18 mars, vers 11 heures. Cette interpellation reste à confirmer de manière indépendante, tout comme ses suites judiciaires. Elle rappelle néanmoins la nécessité de suivre son sort au-delà des premières annonces.

Combien de fois faudra-t-il encore retrouver son nom dans une annonce d’arrestation ? Que lui reproche-t-on précisément dans chacune de ces affaires ? Quelles décisions ont été rendues ? Et pourquoi le public entend-il si souvent parler de son entrée en détention, sans bénéficier du même suivi sur la suite des procédures ?

Une arrestation engage la responsabilité des autorités qui la décident. Elle doit reposer sur des motifs précis et s’inscrire dans une procédure régulière, avec une défense effective. Critiquer un gouvernement, dénoncer les difficultés du quotidien ou participer à une mobilisation citoyenne ne saurait, à lui seul, justifier la prison.

Cette exigence concerne également notre manière de réagir. À force de voir les mêmes personnes arrêtées, nous risquons de nous habituer à leur absence. Une première interpellation choque. Les suivantes deviennent une nouvelle parmi d’autres. Puis le silence s’installe. Pendant ce temps, la personne concernée continue de payer le prix de chaque journée passée loin de son travail, de ses proches et de sa vie.

Faut-il être un ancien président, un chef de parti ou une personnalité entourée de soutiens pour que sa liberté mérite une mobilisation ? Le sort d’un simple citoyen devrait suffire à nous interpeller. Défendre ses droits n’exige pas de partager ses opinions. Cela exige de reconnaître que les mêmes garanties doivent protéger chacun.

Les médias ont aussi une responsabilité : revenir sur ces affaires, demander ce qu’elles deviennent, interroger la défense et les autorités judiciaires. Une arrestation ne peut pas constituer à la fois le début et la fin de notre attention.

Depuis 2021, les épisodes se répètent autour de Désiré. Notre vigilance, elle aussi, doit durer. Car une société qui finit par trouver banale la privation de liberté d’un citoyen prend le risque de ne plus s’alarmer lorsque vient le tour d’un autre.

ANTUF chaharane 

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