Les Comores veulent enfin se doter d’une stratégie nationale de lutte contre le cancer. Du 20 au 22 octobre 2026, la Direction de lutte contre la maladie a réuni à Moroni des médecins et des professionnels de santé de Ngazidja, Ndzuwani et Mwali, avec l’appui de l’OMS et de l’UNICEF. L’objectif était d’évaluer les capacités actuelles du pays et de préparer un plan stratégique attendu en décembre.
Cette démarche intervient dans un contexte particulièrement difficile. Les Comores ne disposent toujours pas d’un registre national permettant de connaître précisément le nombre de malades, les cancers diagnostiqués, les traitements reçus et le devenir des patients.
D’après les estimations de Globocan citées par l’Agence internationale de l’énergie atomique, 619 nouveaux cas de cancer et 418 décès liés à la maladie auraient été enregistrés en 2022. Les cancers du col de l’utérus, de la prostate et du sein figurent parmi les plus fréquents. Mais en l’absence de registre national, ces données restent des estimations.
Aujourd’hui, le pays ne dispose ni d’un service de radiothérapie opérationnel, ni d’un anatomopathologiste exerçant sur place, ni de protocoles nationaux harmonisés de chimiothérapie. Les patients doivent donc souvent se tourner vers les évacuations sanitaires, lorsqu’ils peuvent en bénéficier.
Cette situation pose plusieurs questions : comment les dossiers sont-ils sélectionnés ? Quel est le coût supporté par l’État et par les familles ? Que deviennent les personnes qui ne peuvent pas voyager ? Et comment assurer le suivi des patients une fois revenus aux Comores ?
La stratégie en préparation prévoit trois priorités : mieux organiser les évacuations sanitaires, renforcer les soins disponibles dans les îles et créer un registre national du cancer. Des concertations médicales mensuelles à distance sont également envisagées afin que les médecins comoriens puissent échanger avec des spécialistes étrangers sur les dossiers complexes.
Selon le docteur Saïd Mohamed Soulé, des conventions devraient être recherchées avec des centres hospitaliers spécialisés à l’étranger. Un projet pilote est annoncé dans un délai de six mois, avant l’ouverture espérée d’une première unité d’oncologie dans l’année.
Le principal enjeu sera désormais de transformer cette feuille de route en services réellement accessibles.
Le pays dispose actuellement de deux physiciens médicaux, d’un technicien cadre et de six professionnels en formation, selon les informations présentées lors de l’atelier. Des équipes de maintenance auraient également été formées, mais leur recrutement définitif resterait à finaliser.
Avant toute installation de matériel de radiothérapie, les autorités devront aussi garantir la sécurité des patients et du personnel, la stabilité de l’alimentation électrique, l’entretien des équipements et le fonctionnement d’une autorité indépendante de radioprotection. La loi adoptée en 2024 doit encore être accompagnée de textes d’application et de véritables capacités de contrôle.
L’AIEA avait déjà conduit, à la fin de l’année 2023, une évaluation complète des besoins des Comores. Elle recommandait notamment la création d’un comité multidisciplinaire chargé de coordonner la prévention, le dépistage, le diagnostic, les traitements et les soins palliatifs.
La création du registre national pourrait constituer la première avancée concrète. Sans données centralisées, il est impossible de planifier correctement les équipements, les médicaments, les formations ou les budgets.
La Gazette rapporte notamment que sept enfants âgés de 14 mois à 8 ans auraient été diagnostiqués entre 2022 et 2023 et que cinq seraient décédés. Ces chiffres ont été communiqués par un médecin et ne proviennent pas encore d’un registre national vérifiable. Ils illustrent précisément l’urgence de mettre en place un système fiable de collecte et de suivi.
La préparation d’une stratégie nationale représente donc une étape importante, mais elle ne constitue pas encore une prise en charge effective. Pour que cette annonce change réellement la vie des malades, le gouvernement devra publier un calendrier, un budget, les partenariats conclus, les critères d’évacuation sanitaire et les moyens humains mobilisés.
Le véritable test commencera après décembre : non pas au moment de l’adoption du plan, mais lorsque les premiers patients pourront être diagnostiqués, accompagnés et soignés aux Comores dans des conditions sûres.
Said Hassan Oumouri



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