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Azali relance le pétrole comorien : effet d’annonce ou véritable tournant après quinze ans d’attente ?

 

Le gouvernement comorien a remis sur la table un dossier aussi sensible qu’ancien. Lors du Conseil des ministres du 1er avril 2026, le président Azali Assoumani a donné son feu vert pour engager des discussions avec la société Colossal Energy Field Corporation,

présentée comme une filiale de Titane Africa. Le discours officiel insiste désormais sur la nécessité d’encadrer juridiquement les futures opérations et, surtout, de former des Comoriens aux métiers du pétrole afin que le pays puisse bénéficier concrètement d’une éventuelle exploitation.

Présentée comme une avancée, cette annonce s’inscrit en réalité dans une histoire bien plus longue, marquée par des espoirs, des ralentissements et de nombreuses zones d’ombre. Car le pétrole comorien n’est pas une nouveauté. Il faut remonter au début des années 2010 pour comprendre l’origine de cet intérêt, dans un contexte régional bouleversé par les découvertes majeures de gaz au Mozambique à partir de 2010. Dans cette dynamique, les Comores attirent à leur tour l’attention des compagnies d’exploration. C’est sous la présidence de Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, entre 2006 et 2011, que le sujet devient véritablement stratégique. Des permis d’exploration offshore sont attribués, des campagnes sismiques sont engagées, et le pays commence à se positionner dans la cartographie énergétique de l’océan Indien.

À partir de 2012, le processus semble se structurer davantage avec l’adoption d’un cadre légal destiné à attirer les investisseurs. Plusieurs blocs offshore sont alors confiés à des sociétés étrangères, parmi lesquelles Discover Exploration ou Western Energy. Entre 2012 et 2014, l’activité d’exploration se développe, mais les premières difficultés apparaissent rapidement. Des tensions contractuelles émergent, certaines sociétés sont mises en demeure, et le projet commence à perdre en lisibilité. Les années suivantes sont marquées par une succession d’annonces, de projets de campagnes sismiques et de reports. Entre 2018 et 2019, de nouvelles études sont évoquées pour mieux identifier les ressources potentielles, mais les résultats tardent à se concrétiser. À partir de 2021, le dossier entre dans une phase de quasi-silence institutionnel, avec peu de communication officielle et aucun forage décisif annoncé. En 2024, une première tentative de relance politique intervient après plusieurs années d’absence du sujet dans le débat public, sans toutefois déboucher sur des avancées visibles. L’année 2025 voit émerger de nouveaux partenaires potentiels, notamment autour de projets de données sismiques, mais là encore, aucune étape décisive n’est franchie.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’annonce de 2026, qui apparaît à la fois comme une continuité et comme une tentative de rupture. Continuité, parce que les promesses de structuration et de relance ont déjà été formulées à plusieurs reprises. Tentative de rupture, parce que le discours met désormais l’accent sur un élément longtemps négligé : la formation des ressources humaines. Et c’est précisément sur ce point que se cristallisent les interrogations. Depuis plus de quinze ans que le pétrole est évoqué aux Comores, aucune politique ambitieuse de formation n’a été mise en place. Le pays compte aujourd’hui très peu de spécialistes dans les domaines du pétrole et du gaz, et les mécanismes censés accompagner les contrats, notamment en matière de transfert de compétences, sont restés largement invisibles.

Ce constat soulève une question simple mais essentielle. Comment un pays peut-il espérer tirer profit de ressources naturelles potentielles sans avoir préparé les compétences nécessaires pour les gérer, les négocier et les exploiter ? Dans la plupart des pays producteurs, la formation précède l’exploitation. Aux Comores, elle semble arriver après des années d’attente, comme si le facteur humain avait été relégué au second plan.

L’autre interrogation porte sur le timing politique. Pourquoi cette volonté affichée de structuration apparaît-elle aujourd’hui, après une longue période durant laquelle le sujet a été peu assumé publiquement ? La relance de 2024 avait déjà suscité des attentes sans déboucher sur des résultats concrets. L’annonce de 2026 sera donc observée à l’aune de cette expérience récente. S’agit-il d’un simple effet d’annonce supplémentaire ou du début d’une réelle mise en œuvre ?

En filigrane, le dossier pétrolier révèle aussi une forme de continuité politique entre les différentes périodes. Si Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a été à l’origine de la mise en avant stratégique du pétrole, les gouvernements suivants ont hérité d’un projet qu’ils n’ont jamais pleinement concrétisé. Aujourd’hui, Azali Assoumani se retrouve face à une responsabilité claire : transformer un potentiel en réalité, ou prolonger un cycle d’annonces sans suite.

Car au-delà des discours, une réalité demeure. À ce jour, aucune exploitation rentable n’a été confirmée aux Comores. Les études géologiques laissent entrevoir des perspectives, notamment en raison de la proximité avec des zones riches en hydrocarbures en Afrique de l’Est, mais elles ne constituent pas une garantie. Le pétrole reste une possibilité, pas une certitude.

Dans ce contexte, la relance du dossier apparaît moins comme une réponse que comme un test. Un test de crédibilité politique, un test de capacité institutionnelle, et surtout un test de vision à long terme. Le véritable enjeu n’est peut-être pas de savoir s’il y a du pétrole sous les eaux comoriennes, mais de déterminer si le pays est enfin prêt, après plus d’une décennie d’attente, à en faire autre chose qu’une promesse.

ANTUF Chaharane

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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