À Moroni, une nouvelle dynamique citoyenne est en train de naître. Après la réhabilitation du port de Kalaweni, initiée par les jeunes de Mtsangani et Badjanani puis rejointe par des habitants de toutes catégories sociales jusqu’à des responsables officiels, c’est désormais le quartier d’Irungudjani qui s’engage pour l’assainissement de ses espaces publics. Dimanche, les habitants ont lancé une opération de nettoyage et de désobstruction des caniveaux autour de la place de Gobadjuu, où la moindre pluie suffisait à transformer les rues en mare stagnante. Jeunes, adultes et anciens ont travaillé ensemble, soutenus par la mairie qui a mobilisé des camions pour évacuer boue et déchets, dans une ambiance de solidarité qui rappelle les traditions profondes d’entraide villageoise aux Comores.
Cette mobilisation montre que la capitale redécouvre une pratique ancienne : les travaux communautaires menés pour préserver les quartiers. Ce n’est pas nouveau dans le pays, mais l’époque change tout. Avec les réseaux sociaux, chaque geste devient visible, inspire d’autres quartiers et donne une ampleur nationale à des actions autrefois confinées aux villages. La question qui se pose désormais est de savoir si ces interventions ponctuelles peuvent suffire, ou s’il faut aller plus loin et penser une organisation à long terme, structurée et durable, à l’échelle des communautés. C’est dans cet esprit qu’un exemple discret mais éclairant attire de plus en plus l’attention : le Village Bleu de Ngazidja, un village côtier qui, avec un appui extérieur limité mais bien utilisé, a su mettre en place une gestion communautaire efficace, soutenir ses pêcheurs, développer de petites activités économiques et créer une identité visuelle forte. Sans en faire un modèle parfait, son expérience montre qu’une communauté structurée autour d’un projet clair peut transformer durablement son environnement.
À Moroni, les efforts de Kalaweni et d’Irungudjani ouvrent peut-être la voie à une nouvelle manière d’agir : une ville où les habitants ne se contentent plus de réagir face à l’urgence, mais deviennent les architectes d’un développement pensé, organisé et partagé. Reste à savoir si la capitale saura s’inspirer de ces exemples pour transformer l’élan citoyen du moment en véritable culture de gestion locale durable.
ANTUF Chaharane


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