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Pendant huit jours, la Cour d’assises examine 21 affaires criminelles, dont l’affaire Naïcha

 

21 dossiers aux assises : l’affaire Naïcha place la justice comorienne face à ses responsabilités

La deuxième session de l’année 2026 de la Cour d’assises de Moroni s’est ouverte mardi 6 octobre au palais de justice. Jusqu’au 14 octobre, la juridiction doit examiner 21 dossiers, parmi lesquels figurent 19 affaires concernant des viols et d’autres infractions graves. Le dossier relatif à la mort de Naïcha Abdou M’madi, dont le corps avait été retrouvé calciné en mai dernier, est également inscrit au programme.

Cette session dépasse largement le cadre d’un rendez-vous judiciaire ordinaire. Elle intervient dans un contexte de forte inquiétude face aux violences sexuelles, notamment celles commises sur des mineurs, et aux crimes de sang ayant profondément marqué l’opinion publique comorienne. Elle représente donc un test majeur pour une institution appelée à démontrer qu’elle peut juger les affaires les plus sensibles avec fermeté, mais également avec sérieux, transparence et respect des droits de toutes les parties.

Une session placée sous le signe de la fermeté

L’ouverture officielle s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, notamment les ministres de la Justice, de la Santé et du Genre, ainsi que du gouverneur de Ngazidja, du grand cadi, de magistrats, d’avocats, de notaires et d’officiers de police judiciaire.

Dans son intervention, le procureur général Hamada Hamidou a défendu une politique pénale ferme face à la multiplication des violences commises contre les femmes et les enfants. Il a notamment déclaré que la loi devait être appliquée sans indulgence à l’encontre des personnes reconnues coupables d’assassinats ou de viols sur mineurs.

Mais la fermeté annoncée ne pourra être jugée uniquement à travers les discours prononcés lors de l’ouverture de la session. Elle devra être mesurée à la qualité des audiences, à la solidité des preuves présentées, au respect des droits de la défense, à la protection des victimes et à l’exécution effective des décisions rendues.

La crédibilité de la justice ne repose pas seulement sur la sévérité des peines. Elle dépend également de sa capacité à instruire correctement les dossiers, à juger dans des délais raisonnables et à expliquer ses décisions à la population.

L’affaire Naïcha au cœur de l’attention

Parmi les dossiers attendus, celui de Naïcha Abdou M’madi concentre une attention particulière. Âgée de 22 ans et originaire de Fombouni, la jeune femme avait été portée disparue le 19 mai 2026. Son corps avait ensuite été retrouvé après plusieurs heures de recherches menées par les forces de sécurité et des habitants mobilisés.

L’enquête a conduit à l’audition de nombreuses personnes. En juin, La Gazette des Comores, citant l’avocat de la partie civile, rapportait que plus d’une dizaine de personnes avaient déjà été entendues par le juge d’instruction et placées sous mandat de dépôt.

Ces éléments appartiennent toutefois à la phase de l’instruction. Leur examen devant la juridiction ne doit pas être confondu avec une condamnation. Les personnes poursuivies demeurent présumées innocentes tant que leur responsabilité pénale n’a pas été établie par une décision de justice rendue à l’issue d’un procès contradictoire.

L’émotion provoquée par la mort de Naïcha avait entraîné une importante mobilisation citoyenne. Le 30 mai, plusieurs femmes du collectif de Mbadjini, accompagnées d’associations engagées contre les violences fondées sur le genre, s’étaient rassemblées à Moroni pour réclamer justice et demander une meilleure protection des femmes et des jeunes filles.

L’ouverture du procès constitue donc une étape attendue par la famille, les associations et une grande partie de la population. Elle ne réparera pas la perte subie, mais elle doit permettre d’établir les faits, de déterminer les responsabilités individuelles et d’apporter une réponse judiciaire fondée sur des preuves.

Entre impatience populaire et exigences de la procédure

Face aux critiques concernant la lenteur de certains dossiers, le procureur général a rappelé que « le temps des citoyens n’est pas celui de la justice ». Il a invoqué les différentes étapes de l’instruction, les échanges entre les juridictions compétentes, le respect des droits de la défense et la préparation des audiences.

Cette explication est juridiquement compréhensible. Une justice rendue dans la précipitation peut conduire à des erreurs, à des condamnations fragiles ou à l’annulation de procédures. Mais l’exigence de prudence ne doit pas devenir une justification permanente des retards.

Le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Moroni, Me Aticki Ibn Ismael, a d’ailleurs salué les orientations annoncées tout en attirant l’attention sur la longueur du traitement des dossiers.

C’est précisément là que se trouve l’enjeu principal de cette session : concilier le temps nécessaire à la manifestation de la vérité avec le droit des victimes, des familles et des accusés à obtenir une décision dans un délai raisonnable.

Le véritable test commence maintenant

Durant cette session, l’attention ne devra pas se limiter aux condamnations prononcées. Il faudra également observer la qualité des enquêtes, l’accompagnement des victimes, les moyens accordés aux magistrats et aux avocats, ainsi que la capacité de l’administration judiciaire à communiquer clairement sur les décisions rendues.

La présence de 21 dossiers sur une période relativement courte pose aussi la question des moyens humains et matériels dont dispose la Cour pour examiner chaque affaire avec toute l’attention nécessaire. Derrière chaque numéro de dossier se trouvent des victimes, des familles, des accusés et une société qui attend de ses institutions qu’elles fonctionnent.

L’affaire Naïcha et les autres dossiers de violences sexuelles ou de crimes graves ne doivent pas être traités uniquement comme des symboles destinés à illustrer un discours de fermeté. Ils doivent permettre de mesurer concrètement si la justice comorienne est capable de répondre à la violence tout en restant indépendante, impartiale et respectueuse de la procédure.

Cette session de la Cour d’assises ne devra donc pas seulement produire des verdicts. Elle devra contribuer à restaurer la confiance. Car lorsqu’une population cesse de croire que les institutions peuvent protéger les victimes, établir la vérité et sanctionner les responsables, c’est l’ensemble de l’État de droit qui se fragilise.

Said Hassan Oumouri 

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