À Bambao Mtsanga, à Ndzuani, une entreprise discrète incarne une ambition bien plus grande que ses murs : transformer localement les richesses agricoles des Comores. Derrière cette dynamique, un homme, Mohamed Dhihari Majani, fondateur de l’entreprise Aroma.com, qui porte une vision industrielle encore rare dans le pays.
C’est dans ce contexte que le président de la République, Azali Assoumani, s’est rendu dans cette unité spécialisée dans la transformation d’huiles essentielles d’ylang-ylang et de girofle. Une visite qui s’inscrit dans le suivi des recommandations issues des assises nationales de la filière et qui met en lumière les efforts engagés pour structurer le secteur.
Accompagné de membres du gouvernement et d’autorités locales, le chef de l’État a parcouru les installations de l’entreprise, dans une île qui assure à elle seule près de 75 % de la production nationale de girofle. Un potentiel important, mais encore insuffisamment valorisé sur place.
Une ambition entrepreneuriale en construction
Créée en 2023 avec seulement sept employés, Aroma.com a connu une croissance progressive. Aujourd’hui, l’entreprise compte 54 collaborateurs répartis sur deux sites, preuve d’un développement structuré porté par la vision de son fondateur.
Mohamed Dhihari Majani explique que l’entreprise traite principalement les huiles essentielles issues de l’ylang-ylang et du girofle, destinées à l’exportation. L’entreprise bénéficie également de l’accompagnement du projet Afidev, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et financé par l’Agence française de développement, qui vise à renforcer la transformation locale.
Malgré ces avancées, l’activité reste encore largement tournée vers l’exportation de matières premières. La transformation locale, elle, en est encore à ses débuts. Pour l’entrepreneur, l’objectif est clair : franchir une nouvelle étape en produisant localement des produits finis, afin de capter davantage de valeur sur le territoire.
Dans cette perspective, un partenariat a été noué avec un laboratoire basé en Côte d’Ivoire pour développer un parfum à partir des matières premières comoriennes. Ce produit pourrait être commercialisé d’ici la fin de l’année, même si plusieurs défis techniques restent à relever.
Entre vision industrielle et défis structurels
Le principal obstacle reste le manque d’équipements adaptés pour développer une véritable industrie de transformation à grande échelle. Mohamed Dhihari Majani espère toutefois que cette étape pourra être franchie dans les prochaines années.
En parallèle, l’entreprise travaille à diversifier ses produits. Plusieurs gammes d’huiles essentielles sont en cours de développement, notamment autour de l’ylang-ylang destiné à la parfumerie et du girofle utilisé en aromathérapie. D’autres produits, comme ceux à base de jasmin, sont encore en phase de recherche.
Si certains produits trouvent déjà leur marché, le lancement de nouvelles gammes nécessite un effort important en communication. L’entreprise dispose d’une base de consommateurs stable, mais doit encore investir dans la promotion pour accompagner son développement.
Lors de sa visite, le président Azali Assoumani a rappelé que les Comores doivent rattraper leur retard dans la transformation des produits locaux. Il a également insisté sur la nécessité d’une gestion rigoureuse des entreprises pour assurer leur pérennité.
Dans ce contexte, le parcours de Mohamed Dhihari Majani illustre une dynamique émergente : celle d’entrepreneurs comoriens qui cherchent à transformer les ressources du pays sur place, plutôt que de les exporter brutes. À Bambao Mtsanga, Aroma.com pose ainsi les bases d’une industrie locale encore fragile, mais porteuse d’avenir.
ANTUF Chaharane


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