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Le paludisme est de retour aux Comores : l’objectif « zéro cas » en 2030 s’éloigne

 

Le paludisme repart à la hausse aux Comores. Alors que le pays ambitionne toujours d’éliminer la maladie d’ici 2030, plusieurs milliers de cas auraient déjà été recensés depuis le début de l’année 2026, selon RFI. Une nouvelle alerte sanitaire qui révèle surtout la difficulté des autorités à transformer les campagnes de mobilisation en résultats durables.

Parler de « retour » ne signifie pas que le paludisme avait totalement disparu de l’archipel. La maladie continuait de circuler, principalement à Ngazidja. Mais après les progrès spectaculaires enregistrés il y a une dizaine d’années, sa recrudescence actuelle ressemble à un véritable retour en force.

En 2015, les Comores n’avaient comptabilisé que 1 072 cas confirmés. Le pays était alors considéré par l’Organisation mondiale de la santé comme l’un des États africains disposant d’un fort potentiel d’élimination. Depuis, la tendance s’est brutalement inversée : 55 277 cas ont été enregistrés en 2024, puis 49 978 en 2025. L’OMS estime désormais que cette remontée compromet les perspectives d’élimination.

Une situation qui dépasse les frontières comoriennes

La forte circulation du parasite dans l’archipel produit également des conséquences régionales. À Mayotte, 343 cas avaient été déclarés au 31 août 2026, soit le niveau le plus élevé enregistré sur l’île depuis 2010. Parmi eux, 238 étaient considérés comme importés et, pour les cas dont l’origine était connue, 160 provenaient de l’Union des Comores.

Santé publique France souligne cependant que la recrudescence observée à Mayotte ne s’explique pas uniquement par les importations : 76 cas avaient été acquis localement, faisant craindre une reprise durable de la transmission sur place.

Ces données montrent que le paludisme n’est plus seulement un problème sanitaire national. La circulation importante des personnes entre Ngazidja, Ndzuani, Mwali, Maoré et La Réunion donne à cette recrudescence une dimension régionale.

Pourquoi les campagnes ne suffisent-elles pas ?

Les autorités comoriennes continuent pourtant d’afficher leur volonté d’éradiquer la maladie d’ici 2030. Lors du Symposium sur l’élimination du paludisme organisé en août à Moroni, le gouvernement et ses partenaires avaient notamment annoncé le renforcement de la surveillance épidémiologique, de la coopération scientifique et des interventions sur le terrain.

Mais face à plusieurs dizaines de milliers de cas annuels, une question devient incontournable : pourquoi les efforts engagés ne parviennent-ils pas à interrompre durablement la transmission ?

La réponse ne peut pas se limiter à demander à la population de dormir sous une moustiquaire. Elle concerne aussi la régularité des opérations de lutte contre les moustiques, l’élimination des eaux stagnantes, la disponibilité des tests et des traitements, le suivi des patients, la qualité des données sanitaires et la capacité des institutions à intervenir rapidement dans les zones les plus touchées.

Il faut également déterminer si les moyens consacrés à la lutte contre le paludisme correspondent réellement à l’ampleur du problème et s’ils arrivent effectivement jusqu’aux structures sanitaires et aux communautés concernées.

Des chiffres précis toujours attendus pour 2026

À ce stade, le nombre national exact de cas enregistrés en 2026, leur répartition par île et l’éventuel bilan des décès ne sont pas encore publiquement accessibles de manière complète. Il serait donc prématuré d’annoncer un total précis.

Le ministère de la Santé et le Programme national de lutte contre le paludisme doivent désormais communiquer des données détaillées : nombre de cas confirmés, évolution mensuelle, zones les plus touchées, nombre d’hospitalisations, disponibilité des médicaments et résultats des opérations de prévention.

Car derrière chaque statistique se trouvent des malades, des familles contraintes de payer des soins et des structures sanitaires déjà fragiles. Le véritable enjeu n’est plus de répéter l’objectif « zéro paludisme en 2030 », mais d’expliquer comment les Comores comptent inverser une courbe qui, pour le moment, évolue dans la mauvaise direction.

Said Hassan Oumouri

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