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Hôpital flambant neuf, soignants mal payés : la grève d’El-Maarouf révèle le grand paradoxe du système de santé comorien

 

À Moroni, les contractuels de l’hôpital El-Maarouf ont décidé de dire stop. Depuis plusieurs jours, une partie du personnel hospitalier a entamé une grève pour dénoncer leurs conditions de travail et surtout des salaires qu’ils jugent indignes de la responsabilité qui leur incombe : soigner la population.Le mouvement concerne plusieurs catégories de professionnels de santé travaillant sous contrat dans le principal hôpital du pays. Comme souvent dans ce type de situation, les grévistes assurent maintenir un service minimum pour les urgences afin d’éviter de mettre en danger les patients. Mais leur message est clair : continuer à travailler dans ces conditions devient impossible.

 

Au cœur de la colère se trouve la question du salaire. Certains contractuels affirment percevoir environ 57 500 francs comoriens par mois, soit un peu plus d’une centaine d’euros. Une rémunération qui, même dans le contexte économique comorien, apparaît extrêmement faible au regard du coût réel de la vie. Car contrairement à une idée répandue, vivre aux Comores n’est pas nécessairement bon marché : une grande partie des produits alimentaires, du matériel médical et même des médicaments sont importés. Les prix des denrées essentielles peuvent donc rapidement grimper, surtout pour les ménages urbains.

Pour un professionnel de santé, cette situation est d’autant plus difficile que le travail exige une formation longue, parfois réalisée à l’étranger, souvent avec le soutien financier de la famille ou de la diaspora. Beaucoup de médecins, d’infirmiers ou de techniciens de santé ont étudié à Madagascar, au Sénégal, au Maroc ou encore en France avant de revenir servir leur pays. Or, une fois rentrés, ils se retrouvent parfois confrontés à des salaires qui ne permettent ni de vivre dignement ni de se projeter dans l’avenir.Les contractuels dénoncent aussi un écart important avec les agents titulaires du secteur public, ainsi que des primes jugées dérisoires pour les gardes de nuit ou les week-ends. À cela s’ajoute l’absence de véritable perspective de carrière, de protection sociale solide ou de système de retraite clairement défini.

Cette grève soulève aussi une question plus large : le développement du système de santé peut-il se limiter à la construction d’infrastructures ?

Ces dernières années, les autorités ont engagé la construction d’un nouvel hôpital El-Maarouf, présenté comme un symbole de modernisation du système de santé comorien. Sur le plan architectural et technique, le projet représente un investissement important et suscite beaucoup d’espoir dans la population.Mais un hôpital ne fonctionne pas seulement avec des murs, des blocs opératoires ou des équipements modernes.

Un hôpital fonctionne avant tout grâce aux femmes et aux hommes qui y travaillent : médecins, infirmiers, techniciens, laborantins, aides-soignants. Sans professionnels qualifiés, motivés et correctement rémunérés, les bâtiments les plus modernes peuvent rapidement devenir de simples coquilles vides.C’est précisément ce paradoxe que met en lumière la grève actuelle : le pays investit dans les infrastructures, mais la question des ressources humaines reste fragile.

Dans un monde où les compétences médicales sont très recherchées, les professionnels de santé peuvent facilement choisir de travailler ailleurs. Beaucoup de médecins africains exercent aujourd’hui en Europe, dans le Golfe ou dans d’autres pays du continent où les conditions de travail sont plus attractives.Si les Comores veulent réellement renforcer leur système de santé, la question n’est donc pas seulement de construire des hôpitaux, mais aussi de créer des conditions capables d’attirer et de retenir les talents. Cela passe par des salaires décents, des perspectives de carrière, un environnement de travail stable et des moyens suffisants pour exercer correctement leur métier.

Car au fond, la question posée par la grève d’El-Maarouf est simple :un pays peut-il espérer améliorer la santé de sa population si ceux qui doivent soigner vivent eux-mêmes dans la précarité ?

ANTUF Chaharane

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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