Ce samedi 21 mars, jour de l’Aïd el-Fitr, un moment censé rassembler les cœurs, une déclaration du Grand Moufti des Comores, Aboubacar Said Abdillah Djamalilaili, est venue jeter un froid. À Mitsoudjé, face au président Azali Assoumani et à plusieurs responsables politiques, il a affirmé que l’Iran « n’est pas musulman », allant jusqu’à qualifier les chiites d’« ennemis de l’islam ». Des propos lourds, qui dépassent largement le cadre d’une simple opinion.
Car au fond, la question est grave, qui a le pouvoir de dire qui est musulman ? Depuis des siècles, l’islam est traversé par des courants, des sensibilités, des lectures différentes. Les chiites et les sunnites partagent l’essentiel : la foi en Allah, le Coran, le prophète Mohammed. Les divergences existent, mais elles ne suffisent pas à effacer cette base commune. En niant cela, on ne fait pas que donner un avis, on ouvre la porte à une forme d’exclusion religieuse qui a déjà, dans l’histoire, causé beaucoup de dégâts.
Ce qui dérange aussi, c’est le moment choisi. Le jour de l’Aïd, symbole de pardon, d’unité et de paix, entendre un discours aussi tranchant interroge. Est-ce le rôle d’un guide religieux d’attiser les divisions, surtout dans un monde musulman déjà fragilisé ?
Sur le plan international, la situation est tout aussi complexe. Les frappes attribuées à l’Iran contre des intérêts américains en Arabie saoudite s’inscrivent dans une escalade plus large, marquée par des attaques américaines et israéliennes. Dans ce contexte, parler uniquement d’agression sans évoquer la logique de riposte donne une lecture incomplète de la réalité. Aucun conflit ne peut être compris en noir et blanc.
Difficile de ne pas remarquer que ce discours rejoint, volontairement ou non, celui de certains dirigeants étrangers comme Benjamin Netanyahu, qui désignent également l’Iran comme un ennemi de l’islam. Une convergence troublante pour une parole censée être indépendante et guidée par des principes spirituels.
Au-delà de la polémique, une évidence mérite d’être rappelée , l’islam ne se résume pas à une seule voie. On peut être musulman sans se revendiquer d’un courant précis, en se rattachant simplement à l’essentiel de la foi.
Abdallah.s


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