À Anjouan, à l’aéroport de Ouani, des femmes de ménage affirment travailler depuis 2024 sans percevoir le moindre salaire. Deux années complètes. Vingt-quatre mois à se lever chaque matin, à nettoyer, frotter, porter, entretenir des locaux ouverts au public, sans jamais voir la couleur de leur paie. Ce qui devrait être un scandale national semble s’installer dans une forme de normalité silencieuse.
Le témoignage qui circule sur les réseaux sociaux est bouleversant. Ces agentes expliquent qu’elles n’ont reçu aucune décision mettant fin à leur contrat. Elles continuent donc à se présenter chaque jour, comme si de rien n’était. Elles racontent avoir entendu que des femmes de ménage d’autres aéroports auraient été payées. Elles ont cru, un instant, que leur propre calvaire touchait à sa fin. Mais en se renseignant, elles découvrent qu’aucun salaire ne les attend.
Elles disent avoir sollicité les autorités d’Anjouan pour trouver une solution. On leur aurait répondu que la décision dépendait des directeurs régionaux et de la direction centrale. Lors d’une réunion, la directrice leur aurait expliqué qu’aucun financement n’avait été reçu de Moroni pour couvrir leurs salaires. Pendant ce temps, elles continuent de travailler. Certaines affirment même devoir acheter elles-mêmes des produits comme le savon pour accomplir leurs tâches.
Deux ans sans salaire, ce n’est pas un simple retard administratif. C’est une dette. C’est une violation directe du principe fondamental du travail rémunéré. Le salaire n’est pas une faveur que l’on accorde quand les caisses le permettent. C’est une obligation légale et morale. Dans n’importe quel État qui se réclame du respect des droits fondamentaux, le paiement du travail effectué constitue la base minimale du contrat social.
Ce qui choque davantage, c’est le contraste avec les discours officiels. Le pays affirme défendre les droits des femmes et promouvoir leur place dans la société. Mais que valent ces déclarations quand des femmes, occupant des métiers pénibles et essentiels, peuvent travailler pendant deux ans sans être payées sans qu’aucune alerte institutionnelle majeure ne soit déclenchée. Le respect des droits des femmes ne peut pas se limiter aux conférences et aux slogans. Il commence par garantir leur salaire.
Au-delà de l’injustice individuelle, les conséquences sociales sont lourdes. Deux ans sans revenu signifient des dettes accumulées, des difficultés à nourrir une famille, à payer la scolarité des enfants, à se soigner. Cela signifie aussi une atteinte profonde à la dignité. Travailler sans être payé installe l’idée dangereuse que l’effort des plus modestes peut être utilisé sans contrepartie.
La question est désormais simple et incontournable. Qui est responsable du paiement de ces salaires. Qui a reçu ou non les fonds nécessaires. Pourquoi certaines structures seraient payées et pas d’autres. Et surtout, à quelle date précise ces arriérés seront-ils régularisés.
Un pays qui aspire à l’émergence ne peut pas tolérer que ses travailleuses les plus vulnérables deviennent invisibles. L’émergence ne se mesure pas aux annonces ni aux projets grandioses. Elle se mesure à la capacité d’un État à respecter l’engagement le plus élémentaire envers ceux qui travaillent pour lui. Payer son personnel n’est pas une option. C’est la base.
ANTUF Chaharane


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