Le paysage médiatique comorien est en deuil. Mselem Ali, ancien journaliste de Radio Comores et figure marquante du journalisme radiophonique national, s’est éteint. Derrière cette voix familière de plusieurs générations d’auditeurs se dessine le parcours d’un homme qui a accompagné l’évolution des médias comoriens et connu personnellement les difficultés liées à l’exercice de la liberté de la presse.
Mselem Ali appartenait à cette génération de journalistes qui ont marqué les grandes années de Radio Comores, notamment durant la décennie 1990, à une époque où la radio constituait l’un des principaux moyens d’information de la population.
Au début des années 2000, alors que les Comores traversaient une importante transformation institutionnelle avec la mise en place de l’autonomie des îles, il poursuit sa carrière à Radio Ngazidja, la station publique de Grande Comore.Il y occupe notamment les fonctions de rédacteur en chef, assumant des responsabilités éditoriales dans un contexte politique particulièrement sensible.
L’un des épisodes les plus marquants de sa carrière remonte au 1er août 2003.Ce jour-là, Mselem Ali est arrêté par la police dans les locaux de Radio Ngazidja, en compagnie du directeur de la station, Abdou Djibaba.À l’origine de cette arrestation : un éditorial diffusé sur les antennes de la radio, dans lequel le journaliste critiquait le fonctionnement de la justice et dénonçait des faits présumés de corruption ainsi que les relations entre l’administration centrale et l’appareil judiciaire.
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) documente son arrestation et son placement en détention. Reporters sans frontières (RSF) revient également sur cet épisode dans son rapport annuel de 2004, évoquant près de deux mois de privation de liberté.Selon le CPJ, Mselem Ali est finalement libéré le 13 septembre 2003, après une audience judiciaire.Cet épisode constitue aujourd’hui un témoignage important des difficultés auxquelles étaient confrontés les journalistes comoriens au début des années 2000.
Son engagement dans le monde des médias ne s’est pas limité à ses années derrière le microphone.En 2011, on retrouve notamment Mselem Ali dans une émission intitulée Quel est le rôle des médias aux Comores ?, aux côtés de Bacari Ali Selia, directeur de Radio Dounia Web.Cette participation témoigne de son intérêt durable pour les questions relatives à l’information et à la place des médias dans la société comorienne.Ces dernières années, Mselem Ali vivait en France, loin des studios qui avaient contribué à sa notoriété.
Avec sa disparition, c’est une partie de l’histoire de la radio nationale qui s’efface.Son parcours rappelle aussi une époque où exercer le métier de journaliste pouvait exposer à des pressions politiques et judiciaires considérables.
Au-delà de l’homme de radio, Mselem Ali laisse le souvenir d’un professionnel ayant participé à plusieurs étapes importantes de l’évolution du paysage audiovisuel comorien.Son histoire mérite d’être racontée et transmise aux nouvelles générations de journalistes, car elle appartient aussi à la mémoire collective du pays.
Comores Infos adresse ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches, à ses anciens collègues ainsi qu’à l’ensemble de la corporation journalistique comorienne.Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde et l’accueille dans Son vaste paradis. Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.
ANTUF Chaharane



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