En ce moment

CHRI de Fomboni : un médecin reconnaît ses propres négligences et celles de ses collègues, tandis qu’un scanner à 100 millions reste inutilisé .

 

 

Cette fois, la dénonciation ne vient ni d’un patient mécontent ni d’un observateur extérieur. Elle émane d’un médecin de l’établissement lui-même. Dans un entretien accordé à La Gazette des Comores, le Dr Hassanaly Abdoulanziz, chirurgien au Centre hospitalier de référence insulaire de Fomboni, décrit un hôpital affaibli par l’absentéisme, l’ingérence politique et la perte d’autorité de sa direction.

Le constat est particulièrement sévère. Selon le chirurgien, certains médecins se rendraient à l’hôpital selon leur convenance et privilégieraient leurs activités dans les cliniques privées. Plus exceptionnel encore, il ne se place pas en dehors du problème : « Et moi, je fais partie de ces gens-là », reconnaît-il.

Cette autocritique donne une force particulière à son témoignage. Elle met en lumière un possible conflit entre la mission de service public des médecins et leurs intérêts professionnels privés. Pendant que certains praticiens seraient absents de l’hôpital public, des patients pourraient être contraints de les retrouver dans des structures privées, où les soins sont payants et souvent moins accessibles aux familles modestes.

Une direction qui ne parvientrait plus à imposer son autorité

Le problème ne se limiterait cependant pas au comportement individuel des médecins. Le Dr Hassanaly Abdoulanziz décrit également une direction dont l’autorité aurait été progressivement affaiblie.

D’après lui, l’intervention de responsables politiques dans la gestion interne de l’établissement empêcherait la direction d’imposer les règles et de sanctionner les manquements. Les médecins seraient parfois plus écoutés que le directeur, au point que chacun finirait par agir selon ses propres décisions.

Ce témoignage pose une question essentielle : qui dirige véritablement le CHRI de Fomboni ? Une administration hospitalière soumise à des règles précises, ou un ensemble d’acteurs protégés par leurs relations et leur influence ?

Un hôpital ne peut pourtant pas fonctionner uniquement grâce à la bonne volonté de quelques professionnels. Il lui faut des horaires contrôlés, une hiérarchie respectée, des responsabilités clairement définies et des sanctions lorsque les obligations ne sont pas remplies.

Un scanner de près de 100 millions toujours inutilisé

L’autre révélation concerne un scanner livré au CHRI il y a environ trois ans, mais qui n’aurait toujours pas été mis en service.

Selon le chirurgien, cet équipement aurait coûté près de 100 millions de francs comoriens. Pourtant, son utilisation resterait bloquée par des problèmes de câblage et par l’absence de certains accessoires, dont le coût serait estimé à environ 8 millions de francs.

Si ces chiffres sont confirmés, la situation illustrerait une défaillance grave dans la gestion des investissements publics : l’État aurait mobilisé une somme considérable pour acquérir un équipement médical, sans être capable de financer ou d’organiser les dernières opérations nécessaires à son fonctionnement.

Pendant ce temps, les patients nécessitant un examen au scanner doivent chercher d’autres solutions, parfois en dehors de Mohéli, avec les coûts, les déplacements et les retards de diagnostic que cela peut entraîner.

Un constat qui rejoint une précédente alerte de Comores Infos

Le mois dernier, Comores Infos avait déjà dénoncé, dans une chronique vidéo réagissant aux déclarations de l’ancien porte-parole du gouvernement Houmed Msaidié, le manque de cadre dans le système de santé comorien.

Dans cet éditorial, Antuf Chaharane expliquait que la crise sanitaire ne pouvait pas être réduite au seul comportement des médecins. Elle révélait plus profondément un manque de gouvernance, d’autorité, de contrôle et de règles capables d’organiser durablement le système. Le témoignage venant aujourd’hui du CHRI de Fomboni renforce ce diagnostic : lorsque le cadre institutionnel disparaît, les responsabilités individuelles se diluent et chacun finit par agir selon ses propres intérêts.

Il ne s’agit donc pas simplement d’accuser les médecins. La responsabilité concerne aussi les directions hospitalières, le ministère de la Santé, les autorités politiques et tous ceux qui doivent garantir l’application des règles dans les établissements publics.

Des réponses désormais nécessaires

Les déclarations du Dr Hassanaly Abdoulanziz doivent maintenant conduire à des vérifications concrètes.

Le ministère de la Santé doit préciser la situation exacte du scanner, son coût réel, les raisons de sa non-utilisation et la date prévue pour sa mise en service. La direction du CHRI doit également répondre aux accusations d’absentéisme et expliquer comment sont contrôlés les horaires des médecins exerçant parallèlement dans le secteur privé.

À ce stade, ces informations reposent principalement sur le témoignage du chirurgien rapporté par La Gazette des Comores. Les responsables du CHRI et du ministère de la Santé n’ont pas encore publiquement répondu aux accusations rapportées. Les montants avancés et les responsabilités politiques évoquées doivent donc encore être documentés.

Mais une chose est déjà certaine : lorsqu’un médecin reconnaît publiquement sa propre part de responsabilité et décrit de l’intérieur un hôpital devenu difficile à gouverner, les autorités ne peuvent plus se contenter du silence.

Said Hassan Oumouri

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


error: Content is protected !!