C’est une décision aussi brutale qu’inquiétante pour l’avenir du football comorien. La Fédération de football des Comores (FFC) a retiré la sélection nationale U23 des éliminatoires de la CAN U23 2027, alors qu’elle avait préalablement confirmé sa participation et participé au tirage au sort organisé par la Confédération africaine de football (CAF).
L’information, révélée notamment par le journaliste Romain Molina, est désormais corroborée par plusieurs sources malgaches. La Fédération malgache de football a été informée du désistement comorien et Madagascar accède donc directement au deuxième tour.
Le scénario interpelle d’autant plus que, le 27 août dernier, la CAF avait officiellement intégré les Comores au tableau des qualifications. Les Cœlacanthes U23 devaient affronter Madagascar au premier tour, avant un éventuel duel contre l’Afrique du Sud. Au total, 42 nations étaient engagées dans ces qualifications pour sept billets, l’Égypte étant automatiquement qualifiée en tant que pays organisateur.
Les rencontres Comores-Madagascar étaient prévues les 28 septembre et 6 octobre. Elles n’auront donc pas lieu.
Derrière le forfait, une FFC confrontée à de sérieuses difficultés financières
À ce stade, il faut rester prudent sur les motivations précises : nous n’avons pas trouvé de communiqué public de la FFC détaillant officiellement les raisons de son retrait. Mais les difficultés financières de la Fédération, elles, ne relèvent plus de la rumeur.
En juillet dernier, son président Saïd Ali Saïd Athouman les reconnaissait lui-même dans un entretien accordé à L’Équipe. Il expliquait que la FFC n’avait alors « aucun sponsor » et indiquait que Comores Telecom lui avait apporté environ 100 000 à 150 000 euros l’année précédente. Plus préoccupant encore, le dirigeant reconnaissait des difficultés pour payer les salariés de la Fédération et indiquait que la commission de discipline de la FIFA avait été saisie concernant des salaires impayés.
Les comptes présentés par la FFC donnent également une idée de sa dépendance financière. Lors de son assemblée générale de juillet 2025, elle faisait état d’un écart de 77 millions de francs comoriens entre son budget prévisionnel et les réalisations, notamment en raison de l’absence de sponsors. Pour 2026, elle prévoyait 1,502 milliard de francs de recettes, dont 500 millions attendus de la FIFA et 770 millions de l’État, cette dernière enveloppe étant principalement destinée à l’équipe nationale A.
Cette dépendance n’est d’ailleurs pas nouvelle. La FIFA elle-même rapportait il y a quelques années que, selon le président de la FFC, environ 80 % des revenus de la Fédération provenaient alors de l’instance internationale.
Le paradoxe mérite toutefois d’être souligné : la FIFA continue d’investir des sommes importantes dans le football comorien. Son portail officiel recense notamment environ 3,54 millions de dollars engagés dans des projets d’infrastructures et 1,14 million dans le soutien aux sélections nationales dans le cadre du programme Forward. Mais ces financements sont affectés à des projets et programmes déterminés et ne constituent donc pas nécessairement une trésorerie libre permettant de financer n’importe quelle compétition.
L’équipe A progresse, mais que devient la relève ?
C’est peut-être là que ce forfait devient plus préoccupant qu’un simple problème de déplacement ou de trésorerie.
Ces dernières années, les Comores ont considérablement progressé avec leur sélection A. Mais une politique footballistique ne peut pas reposer uniquement sur l’équipe première. Les U17, U20 et U23 constituent précisément le passage entre la formation et les Cœlacanthes seniors.
La CAN U23 possède en outre une importance particulière : l’édition 2027 fait partie du parcours africain vers les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. En renonçant avant même de jouer, les Comores privent donc une génération entière d’une compétition internationale et d’une possibilité de poursuivre l’aventure olympique.
Et c’est probablement la question essentielle que doit désormais poser la FFC : comment un pays qui ambitionne de s’installer durablement dans le football africain peut-il construire son avenir s’il n’est pas en mesure d’assurer la participation de ses équipes de jeunes aux compétitions continentales ?
Madagascar, lui, n’aura pas à attendre la réponse. Les Barea U23 sont qualifiés sans jouer et affronteront l’Afrique du Sud au deuxième tour en novembre.
Said Hassan Oumouri


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