Le lac Dzianladzé, perché dans les hauteurs d’Anjouan, est l’un des poumons hydriques et écologiques les plus précieux de l’île. Classé au sein du site Ramsar du mont Ntringui, il représente à la fois une réserve d’eau douce vitale et un refuge pour une biodiversité rare. C’est autour de ce lac que le ministère de l’Environnement a lancé, à Anjouan, la campagne nationale de reboisement « Un Comorien, un arbre », déjà initiée à Mohéli. L’événement a rassemblé autorités, partenaires et associations, dans une atmosphère qui témoigne de l’urgence à agir face à la déforestation et à la dégradation accélérée des écosystèmes.
Un patrimoine naturel exceptionnel en péril
Les Comores font partie du hotspot mondial Madagascar–océan Indien, une région reconnue pour sa richesse biologique mais aussi pour sa vulnérabilité extrême. Le pays possède des forêts de montagne, des rivières, des zones humides, des récifs coralliens et une multitude d’espèces endémiques. Pourtant, tous ces milieux naturels subissent une pression croissante. La croissance démographique, l’agriculture sur des pentes abruptes, l’usage intensif du bois, l’agriculture sur brûlis et la pauvreté structurelle transforment profondément les paysages. La forêt, qui assure depuis toujours la régulation de l’eau et la stabilité des sols, a reculé à un rythme alarmant. À Anjouan, plusieurs rivières ont déjà tari ou diminué drastiquement.
Dans ce contexte, le lac Dzianladzé apparaît comme un indicateur alarmant. Les scientifiques constatent une érosion croissante des pentes qui entourent le lac. À chaque saison des pluies, des tonnes de terre sont arrachées et se déposent dans le bassin, provoquant une sédimentation rapide. À long terme, ce phénomène menace de réduire le volume du lac et d’entraîner son assèchement progressif. Or, la survie du lac conditionne celle de nombreux habitats naturels, mais aussi l’accès à l’eau douce pour les communautés vivant en aval.
Reboiser pour préserver : un geste symbolique et vital
C’est pour répondre à cette urgence que la campagne « Un Comorien, un arbre » prend toute son importance. Elle ne se limite pas à planter quelques arbres. Elle ambitionne de restaurer les forêts dégradées, stabiliser les pentes, reconstituer les bassins versants et recréer des écosystèmes capables de résister au changement climatique. Le choix du lac Dzianladzé pour cette mobilisation n’est pas un hasard : il rappelle que la protection de la forêt est intimement liée à la sécurité hydrique du pays.
Des associations locales ont par ailleurs reçu des subventions environnementales pour renforcer leurs actions sur le terrain. Les communautés sont appelées à jouer un rôle déterminant, car la restauration des forêts ne peut réussir que si les habitants sont au cœur du processus, avec des pratiques agricoles mieux adaptées, moins destructrices et davantage tournées vers la conservation.
Une bataille qui concerne toute la région
Les Comores ne sont pas isolées. Dans tout l’océan Indien, de Madagascar aux Seychelles, de Maurice à La Réunion, les mêmes menaces pèsent sur la biodiversité : érosion, déforestation, perte des zones humides, dégradation des récifs, raréfaction de l’eau douce. La région tout entière dépend pourtant de cette biodiversité pour sa sécurité alimentaire, pour la protection contre les cyclones et les inondations, pour son économie touristique et pour la stabilité climatique locale.
La situation du lac Dzianladzé illustre donc un enjeu régional : lorsque la forêt tombe, l’eau s’en va ; lorsque le lac s’ensable, les villages s’assèchent ; lorsque les écosystèmes se dégradent, c’est toute une économie qui vacille. La campagne de reboisement lancée à Anjouan apparaît alors comme un test. Elle pose une question centrale : le pays parviendra-t-il à concilier développement humain et protection des ressources naturelles ?
Ce qui est certain, c’est que la bataille pour la biodiversité comorienne se joue maintenant. Chaque arbre planté, chaque pente restaurée, chaque initiative locale compte. Et au cœur de cette bataille, le lac Dzianladzé est devenu un symbole : celui d’un pays qui tente de sauver ce qu’il a de plus précieux avant qu’il ne soit trop tard
ANTUF Chaharane


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