La déclaration de l’ambassadeur de France aux Comores, lors d’un entretien accordé aux médias Fcbk FM et La Baraka FM, relance le débat autour de l’emprisonnement de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi.
Interrogé sur le rôle que pourrait jouer la France dans une éventuelle libération de l’ancien chef d’État, le diplomate a répondu sans ambiguïté : la France n’a pas vocation à intervenir dans les affaires internes des Comores, qu’elles relèvent de la justice ou de la politique.
Une position conforme à la doctrine diplomatique française. Mais une réponse qui, en creux, met en lumière une réalité plus complexe.Huit ans de détention dans un contexte controversé
Arrêté en 2018, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, ancien président de l’Union des Comores (2006–2011), a été poursuivi dans le cadre de l’affaire dite de la citoyenneté économique, avant d’être condamné à la prison à vie en 2022 par la Cour de sûreté de l’État.
Depuis, il est détenu sans interruption.
Dans le même contexte, d’autres figures politiques proches de son mouvement, notamment Abdousalami, ancien gouverneur d’Anjouan et membre du parti Juwa, ont également été incarcérées.
Au-delà de la procédure judiciaire, l’affaire Sambi ne peut être dissociée de son poids politique.L’ancien président et son parti, Juwa, demeurent parmi les forces politiques les plus populaires du pays. Cette capacité de mobilisation a été démontrée à plusieurs reprises, notamment en 2018.Cette année-là, lors d’une prière du vendredi, Sambi avait été largement acclamé par la foule, révélant une influence intacte malgré son statut d’ancien chef d’État.Quelques jours plus tard, il était arrêté.Pour de nombreux observateurs, cette séquence marque un tournant. Elle alimente l’idée que la dynamique politique autour de Sambi a pu peser dans la décision de l’écarter durablement de la scène publique.À partir de son arrestation, une procédure judiciaire lourde s’est enclenchée, aboutissant à une condamnation à vie par une juridiction d’exception, sans possibilité d’appel.Si les autorités comoriennes défendent une réponse judiciaire à un scandale financier majeur, une grande partie de la population perçoit aujourd’hui cette affaire autrement.
La majorité de l’opinion considère l’emprisonnement de Sambi comme injuste, estimant qu’il dépasse le simple cadre juridique.Dans cette lecture, la justice apparaît non pas comme un arbitre neutre, mais comme un instrument ayant permis de neutraliser une figure politique influente.
C’est dans ce contexte que prend sens la déclaration de l’ambassadeur de France.En évoquant à la fois la justice et la politique, le diplomate reconnaît implicitement que l’affaire Sambi ne se limite pas à une procédure judiciaire classique.La France choisit toutefois de s’en tenir à une position de non-ingérence, laissant aux autorités comoriennes la responsabilité pleine et entière de ce dossier.
Au-delà du cas personnel de Sambi, cette affaire pose une question plus large :dans quelle mesure la justice peut-elle rester indépendante dans un contexte de forte tension politique ?
Lorsqu’un acteur politique majeur, disposant d’un fort soutien populaire, est arrêté peu après une démonstration publique de cette popularité, puis jugé par une juridiction exceptionnelle, le doute s’installe.Ce doute ne porte pas uniquement sur un homme, mais sur le fonctionnement même des institutions.
Huit ans après les faits, l’affaire Sambi reste un point de fracture majeur aux Comores.Elle illustre la difficulté de distinguer clairement ce qui relève du droit et ce qui relève du pouvoir politique.La position française, en refusant toute implication, entérine cette réalité sans la trancher.Mais sur le terrain, une conviction s’impose de plus en plus :l’emprisonnement de Sambi ne peut être compris sans prendre en compte sa dimension politique.
ANTUF Chaharane


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