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La pénurie d’eau est devenue un business juteux aux Comores : des autorités en profitent-elles ?

 

Ces derniers jours, Comores Infos s’est intéressé aux questions posées publiquement par un imam engagé en politique sur les pénuries d’eau qui touchent Moroni et plusieurs régions de Ngazidja : le problème vient-il de la ressource elle-même, du réseau de distribution ou encore des équipements de pompage ?

Après la publication de notre vidéo, plusieurs témoignages reçus par Comores Infos ouvrent cependant une quatrième piste, beaucoup plus sensible : celle des intérêts économiques qui se sont développés autour de la pénurie d’eau.

Il ne s’agit, à ce stade, que de témoignages et d’allégations qui nécessitent des vérifications complémentaires. Mais ils soulèvent des questions suffisamment importantes pour être posées publiquement.Depuis plusieurs années, l’approvisionnement par camions-citernes est devenu une réalité quotidienne pour de nombreuses familles privées d’eau courante.

À Vouvouni notamment, des témoins décrivent des défilés de camions venant s’approvisionner en eau avant de la revendre aux particuliers. Ce système répond évidemment à un besoin réel : lorsqu’un robinet reste vide, les habitants doivent bien trouver de l’eau quelque part.

Mais cette situation crée mécaniquement un marché. Plus l’eau courante devient rare, plus les ménages dépendent des citernes. Et plus cette dépendance dure, plus la distribution d’eau par camion peut devenir une activité économiquement importante.Une réalité ancienne : en 2020, le PNUD indiquait que plus de 75 % de la population comorienne n’avait pas accès à l’eau courante et avait lui-même soutenu, avec la SONEDE, des opérations exceptionnelles de distribution d’eau dans plusieurs localités.

C’est ici qu’apparaît l’accusation la plus grave formulée dans certains témoignages reçus par Comores Infos.Plusieurs personnes affirment que des responsables ou des personnes liées au secteur public de l’eau posséderaient eux-mêmes, directement ou indirectement, des camions-citernes participant à ce commerce.

Comores Infos n’est pas, à ce stade, en mesure de confirmer ces accusations.Des témoignages anonymes s’affirment que des responsables organiseraient volontairement les pénuries pour favoriser leurs activités privées.Mais si des responsables chargés d’assurer la distribution publique de l’eau détenaient parallèlement des intérêts économiques dans sa distribution privée par citerne, la question d’un éventuel conflit d’intérêts devrait nécessairement être posée.

C’est précisément ce point qui mérite désormais des réponses et, surtout, des preuves.Une autre affirmation revient dans les témoignages : certaines communautés qui disposent de citernes, de ressources ou de capacités financières seraient freinées lorsqu’elles souhaitent organiser elles-mêmes leur approvisionnement.Sur ce point, les textes permettent déjà d’apporter quelques nuances.

Le Code de l’eau de 1994 ne semble pas interdire absolument la distribution privée. Il prévoit que le captage et la distribution d’eau destinée à la consommation humaine par un réseau privé sont soumis à une autorisation des ministres chargés de la Santé et de l’Eau.

Parallèlement, les statuts de la SONEDE adoptés en 2018 lui attribuent notamment la production et la distribution de l’eau sur l’ensemble du territoire ainsi que l’exploitation et l’entretien des installations.Un nouveau Code de l’eau et de l’assainissement a par ailleurs été adopté en 2020 et promulgué en janvier 2021. Sa mise en œuvre a donné lieu à des travaux réglementaires associant notamment la SONEDE, les communes, les gouvernorats et des associations communautaires.

La question mérite donc d’être posée précisément : dans quelles conditions une communauté disposant d’une ressource et des moyens nécessaires peut-elle aujourd’hui produire ou distribuer son eau légalement ?

Cette nouvelle piste change en partie la question que nous posions dans notre précédente vidéo.

Nous demandions :

La ressource manque-t-elle ?

Le réseau est-il défaillant ?

Le pompage fonctionne-t-il ?

Ces questions restent essentielles.Mais une quatrième doit désormais être ajoutée : quels intérêts économiques se sont construits autour de la pénurie ?

Car lorsqu’un dysfonctionnement dure vingt ans, il peut finir par créer sa propre économie.Des familles achètent, des camions transportent.Des opérateurs vendent, de l’argent circule.Cela ne signifie pas automatiquement que ceux qui profitent économiquement de cette situation sont responsables de son existence.

Mais cela signifie qu’une pénurie prolongée peut produire des acteurs qui, eux, gagnent de l’argent parce que le réseau public ne fonctionne pas correctement.Et c’est précisément là que la transparence devient indispensable.Une enquête qui doit maintenant aller plus loin

Il serait prématuré de conclure que le problème de l’eau aux Comores est volontairement entretenu pour protéger un marché.Mais les témoignages reçus justifient que plusieurs questions soient désormais posées publiquement.Qui possède les principaux camions-citernes qui commercialisent l’eau à Ngazidja ?

Où achètent-ils cette eau et à quel prix ?

À combien est-elle ensuite revendue aux ménages ? Des responsables publics ou leurs proches détiennent-ils des intérêts dans ces entreprises ?

Quelles demandes de distribution communautaire ont été refusées ces dernières années, par qui et sur quel fondement juridique ? Et surtout : combien vaut aujourd’hui le marché de l’eau vendue par camion aux Comores ?

Car avant d’affirmer que l’eau est devenue « l’or bleu des Comores », il faut maintenant documenter cette économie.Mais si les témoignages que nous recevons se confirment, le débat changerait profondément.

La question ne serait alors plus seulement :

« Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire couler l’eau ? »Il faudrait aussi avoir le courage de demander :« Qui gagne de l’argent lorsqu’elle ne coule pas ? »Cette dernière question est, à mon avis, le véritable angle d’enquête. Je ne publierais surtout pas maintenant « le problème n’est pas technique, c’est financier » comme une conclusion : on n’a pas encore les preuves nécessaires.

ANTUF Chaharane 

En 2016, une maman a déposé une importante quantité d’or à La Meck Moroni en garantie d’un prêt. Après avoir intégralement remboursé ce prêt, l’or aurait dû lui être restitué, mais il a été volé. L’institution a reconnu sa responsabilité, mais depuis, elle garde un silence troublant. Aucun geste de réparation n’a été fait. Méfiez-vous : cette structure n’est pas digne de confiance.

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