Tribune. La crise sanitaire du coronavirus questionne l’organisation de nos sociétés et la notion de responsabilité qu’elle soit politique, collective ou personnelle. Sans doute aussi notre rapport à la science. Heureusement qu’il y a les réseaux sociaux pour servir de baromètre à la mesure de nos angoisses et de bangwe pour exprimer nos préoccupations. Je note cependant que notre niveau de tolérance est faible et ceux qui sont connectés, réagissent aux événements plus par irritations que dans le souci d’écouter et d’apporter des explications au plus grand nombre.
C’est dire l’absence d’une culture partagée. Lorsque l’on parle de confinement préventif, avons nous la même compréhension? Rester à la maison pour éviter la contagion lorsqu’on nous assure qu’il n’y a aucun cas déclaré qu’est-ce ce que cela signifie pratiquement et qu’elle sera la différence lorsque le pays sera touché? Les personnes mises en quarantaine parce que potentiellement à risque à cause de leur pays de provenance, sont-elles soumises à un contrôle suivi pour s’assurer qu’ils n’ont pas le virus? Par qui et qui informe le public de l’évolution de la situation ? Ce sentiment de brouillon et de défiance tient à plusieurs facteurs notamment un manque d’autorité ( a ne pas confondre avec autoritarisme). Et il n’y a pas que l’autorité politique. Je parle de ces voix qui s’imposent par leur érudition, leur compétence dans leur domaine de spécialisation, leur respectabilité, et la crédibilité de leurs savoirs. Le pays souffre de la perte d’un esprit de consensus conséquence du manque de débat, d’expression des opinons, de la perte de confiance et de crédibilité de la parole publique et d’une action publique inexistante dans le quotidien du comorien lambda. (pensez à Kenneth). Il souffre aussi du manque de générosité envers le peuple. Dans cette période de crise, j’aurai aimé entendre que les soins d’urgence en rapport avec le virus sont gratuits. Que tous les cas suspects sont pris en charge pour encourager les comoriens à se présenter dans les établissements de santé. Réduire la circulation des personnes est nécessaire.
Mais comment expliquer aux plus démunis qu’ils ne peuvent pas prendre le shitrima et le bateau mais l’avion qui coûte quatre fois plus chers. Le confinement est peut-être aussi nécessaire. Mais combien de familles comoriennes des coins reculés du pays ( j’ai l’impression que ceux qui écrivent dans les réseaux oublient cet univers réel) peuvent se permettre de se confiner dans leur taudis, leur case d’une pièce souvent? Eux qui ont juste de quoi manger la journée, qui n’ont pas de système de conservation des aliments, qui n’ont pas de téléphone, d’accès à la télévision nationale….etc. Si! Ces comoriens qu’on ne croise pas en ville existent et souvent ceux qui décident, oublient que les mesures qu’ils prennent ignorent la vie réelle du peuple. Celui qui n’a rien, ni personne, ni béquille.
Kamal Saindou


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